Philippe Marquis
Sa campagne s’est amorcée au début février et devrait se poursuivre au moins jusqu’au 12 avril. Rappelons les premiers mots de l’homme recueillis dans quelques entrevues : « Je fais de la politique pour le monde ordinaire, le vrai monde, monsieur et madame tout le monde, la majorité silencieuse souvent de la classe moyenne ». Rien de précis, mais il laisse croire qu’il représente vraiment beaucoup de personnes. Des millions peut-être. Vous et moi, pourquoi pas? Toutefois, la question se pose, qu’est-ce que ce vrai monde?
« Ceux et celles qui ne font pas partie d’un lobby, n’ont pas de représentant pour eux dans les médias, n’ont pas de syndicat. » Bon… voilà qui n’est pas plus précis. Mais, si quelqu’un s’affirme porte-parole des sans voix, il parle donc à leur place. Alors, s’il clamait – je prends ici un exemple fictif – qu’il faut un troisième lien entre Québec et Lévis, c’est dire que le vrai monde en veut un, n’est-ce pas?

Toujours à propos de ses mêmes sujets : « Ils se lèvent le matin, vont travailler, paient leurs impôts, s’occupent des enfants, vont les chercher en courant à la fin de journée à la garderie. Ils n’ont pas le temps d’aller sur Facebook et faire toutes sortes de commentaires. Le vrai monde, c’est aussi le Québec des régions et c’est aussi nos ainés qui ont bâti le Québec. » Ha, là, à ces mots, je deviens jovial et souriant! En effet, jusque-là, je me sentais « rejet ». Sauf que si les régions font partie du vrai monde, alors nous sommes bénis! Nous l’aurons notre troisième lien!
Le type veut devenir premier ministre. Rien de moins. Rappelons qu’il a, comme ministre de l’Environnement, fait reculer de cinq ans l’atteinte de nos cibles de réduction des gaz à effet de serre (GES). Il est d’accord pour plus de privé en santé comme en éducation, et moins d’État, donc moins de services puisqu’il souhaite aussi baisser nos impôts. Bref, retournons au « vrai monde » du Québec des années 1950.
La prétention de parler au nom des gens qui ne s’exprimeraient pas est appelée « populisme ». On oppose le peuple à une certaine élite ou une menace. Le bonhomme dont il est question ici a lancé des phrases contre les organisations syndicales et les groupes environnementaux. Cette stratégie est employée au sud de notre frontière en ciblant les immigrants…
Cependant, ces gens-là ne disent jamais rien sur le 1 % des plus riches. Ces ultras riches et leurs entreprises achètent des élections, exploitent tous les vivants qu’il leur est possible d’exploiter, contournent les lois, nous font chanter et polluent sans aucune gêne. « Allez-vous me lâcher avec les GES? » chialait l’autre. Leurs fortunes passent par les paradis fiscaux et nous privent de nécessaires impôts.
Ils lèvent le nez sur la majorité du haut des airs, dans leurs jets privés. Tiens, à Davos, on comptait autour de 700 de ces appareils. Selon OXFAM, les 12 milliardaires les plus fortunés de la planète possèdent plus de richesse que la moitié la plus pauvre de l’humanité, soit plus que 4 milliards d’humains. Bezos, Zuckerberg et Musk, les trois hommes les plus riches du monde, ont assisté à l’assermentation de Trump l’an dernier.
Ces inégalités effarantes représentent la base de nos problèmes actuels. Ceux qui, au nom du vrai monde, dénoncent l’immigration, les écolos ou les syndicats, ne pointent jamais les oligarques. Ce n’est pas un monde, ça, et c’est en mettant fin à ces inégalités sans limites qu’il faut commencer. Qu’en penses-tu, Bernard?