L’exploitation des richesses naturelles présentes sur le territoire, dont les ressources minières et forestières, nécessite la consommation accrue d’une autre ressource naturelle d’importance capitale : l’eau! On semble connaître très peu de choses sur le sujet. C’est normal.

Imaginez, il y a dix ans à peine, les données sur les préleveurs d’eau étaient non seulement inconnues du public, mais aussi du gouvernement! Grâce à la Politique nationale de l’eau (2002), le Québec s’est doté pour la première fois d’un régime de redevances pour l’utilisation industrielle et commerciale de l’eau en adoptant, en 2010, le Règlement sur la redevance exigible pour l’utilisation de l’eau.

Une décennie plus tard, de tristes constats s’imposent. Le Règlement prévoit encore aujourd’hui que les montants générés par ce régime de redevances sont « versés au Fonds vert aux fins d’assurer la gouvernance de l’eau ». Pourtant, les trois quarts des revenus générés ont été dépensés par le gouvernement lui-même, à l’instar de bien d’autres sommes mal gérées par le Fonds vert, créé en 2006. En étudiant la faible part des revenus octroyée à la gouvernance des ressources en eau, aucune somme n’est revenue dans notre région.

Pourtant, nous sommes en droit de récolter notre dû! L’Abitibi-Témiscamingue a fortement contribué au régime de redevances sur l’eau, comptabilisant 9 % des revenus nationaux pour l’année 2017, soit 5 fois la moyenne nationale par personne. De plus, bien que le gouvernement possède enfin des données sur les prélèvements d’eau, des démarches laborieuses d’accès à l’information sont nécessaires pour les obtenir, et elles demeurent impossibles à avoir dans le cas des embouteilleurs. Pourtant, l’eau n’est-elle pas un patrimoine collectif au sens de la loi?

Depuis 2021, certaines municipalités dans le sud du Québec connaissent des problèmes d’approvisionnement en eau en période estivale. Bien que la région regorge de lacs et de rivières et que nos eskers aquifères fassent l’envie du Québec méridional, le caractère illimité de cette ressource n’est pas garanti. Grâce à l’Atlas de l’eau, on peut voir de nombreux endroits en Abitibi-Témiscamingue dont l’indice de disponibilité en eaux de surface deviendra modéré à faible d’ici les 50 prochaines années. Au volume d’eau destiné aux aqueducs des municipalités s’ajoute celui des sociétés forestières, minières et d’embouteillage autorisées à consommer quotidiennement des centaines de millions de litres d’eaux souterraines et de surface.

En décembre dernier, le premier ministre du Québec annonçait qu’un projet de loi sur la « protection de l’eau » serait déposé incessamment, incluant une révision du régime sur les redevances et une attention portée à la transparence des renseignements. Considérant l’indéniable pression sur la ressource et son caractère indispensable, il importe de garantir un réel soutien financier qui assure une vigie et une gouvernance de l’eau, qui pourrait découler des redevances redistribuées équitablement à l’Abitibi-Témiscamingue.

BIANCA BÉDARD, DIRECTRICE ADJOINTE AU CONSEIL RÉGIONAL DE L’ENVIRONNEMENT DE L’ABITIBI-TÉMISCAMINGUE (CREAT)