Croisement entre la danse, la mycologie et l’innovation numérique, le spectacle Mystic-Informatic émerge, tel un champignon dans une forêt enchantée, captivant par sa vitalité et sa profondeur thématique.

UNE EXPLORATION COLLECTIVE

Lorsque la danseuse, chorégraphe et directrice de L’Écart Audrée Juteau reçoit une carte postale ornée d’illustrations de champignons, peu après son retour en Abitibi-Témiscamingue, une étincelle s’allume. Elle contacte Zoey Gauld, Catherine Lavoie-Marcus et Ellen Furey, qui deviennent ses partenaires de création. Inspirées par la force incroyable du champignon matsutaké, qui croît et s’épanouit dans des environnements de désolation post-capitalistes, les quatre danseuses mettent sur pied Mystic-Informatic. « Le champignon donne l’espoir d’une vie possible, il est une figure de résilience, s’enthousiasme Audrée. C’est comme la danse, tu sais! Le champignon et la danse ont traversé toutes les ères historiques, ça a toujours survécu, et ça ne va jamais disparaître. »

À travers un processus de création collective intense, les quatre artistes ont conçu une expérience immersive où la danse est analogue au réseau mycorhizien et où chaque danseuse incarne le champignon matsutaké. « Nous travaillons en collectif, de manière horizontale, sans hiérarchie », souligne Audrée. Inspirées par la communication organique du mycélium et de son réseau horizontal, les artistes ont adopté une approche égalitaire. Mystic-Informatic est ainsi devenu un projet de collaboration et d’entraide, en harmonie avec sa nature fondamentale.

Crédit photo : Moïse Marcoux-Chabot.

ÉCLATS DE JOIE

La scénographie de Mystic-Informatic évoque les ruines du capitalisme et les déchets engendrés par l’obsolescence programmée. Le visuel est punk, apocalyptique et profondément féministe. La pièce adopte pourtant un ton lumineux et ludique, rendant tout son pouvoir au mouvement du corps et au plaisir organique de la danse.

Mystic-Informatic invite le public à plonger dans un monde d’émerveillement et de réflexion, où la croissance dans l’adversité est célébrée avec éclat, offrant une leçon d’espoir dans un monde en mutation. « On veut transmettre de la joie, espère Audrée. Une empathie synesthésique […] du bonheur, de la liberté. C’est un voyage psychédélique, un trip de champignons, tout en dérives et en foisonnement. »

UNE ODE À LA RÉSILIENCE DU MYCÉLIUM

Mystic-Informatic célèbre la vie, la résilience et la beauté qui peuvent émerger même dans les milieux les plus hostiles, s’inspirant notamment du territoire de l’Abitibi-Témiscamingue, et de sa proximité avec la forêt. « On a fait un peu de recherches en plein air. On a même filmé à l’écocentre de Rouyn-Noranda […] On est allées courir en champignons à l’écocentre », s’amuse Audrée. En explorant les mystères des champignons, le spectacle nous rappelle la force étonnante de la nature et la capacité infinie de l’art à nous inspirer, à nous élever… et à accueillir la réjouissance ingénue du mouvement libre.

Le Rift de Ville-Marie a reçu Mystic-Informatic le 20 avril dernier. Les prochaines représentations auront lieu au Musée d’Art de Rouyn-Noranda (MA) les 23 et 24 mai, ainsi qu’au Performance Mix Festival de New York le 8 juin.


Auteur/trice

Claudia Caron est détentrice d’un baccalauréat en études littéraires ainsi que d’une maîtrise en littérature et arts de l’écran, qu’elle a complétés à l’Université Laval. Elle fut l’instigatrice et la directrice éditoriale de Bleu panache, feu la revue numérique de création littéraire en Abitibi-Témiscamingue associée à L’Indice bohémien. L’art et la création étant au cœur de ses intérêts, Claudia porte plusieurs chapeaux au quotidien. Elle œuvre ponctuellement comme scénariste et comme artiste peintre. Au cours de sa carrière d’autrice émergente, elle a notamment obtenu des bourses du Conseil des Arts et des Lettres du Québec, de Première Ovation, ainsi que remporté le prix de Poésie Rolande-Gauvin. Son projet de série télé Polycule a récemment obtenu l’appui du Programme d’aide à l’exportation de Québecor, au nom des productions Fair-Play. Elle habite à Amos.