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Chroniques // Général

Anachronique

Miroir et prisme

// Philippe Marquis - 28 févr. 2017

Numéro : Mars 2017

 

 

Un conseil municipal est réuni le lundi 30 janvier 2017 en soirée. Le drapeau de la Ville est en berne : un massacre a eu lieu, la veille, à Québec. Le choc que cette tuerie a provoqué a retenti partout, de toutes sortes de façons, dans tous les esprits. Une atrocité semblable s’est passée ici… Les membres du conseil observent une minute de silence et adoptent une résolution adressant leurs condoléances aux familles des victimes. C’est ce qu’ils ont cru pouvoir faire de mieux ce soir-là.

 

Mais le hasard fait en sorte qu’à cette même séance, une modification est apportée à un règlement de zonage. Ce genre de texte se doit d’être toujours très précis. Le changement ajoute le mot mosquée au libellé qui nomme toutes les institutions « dont l’activité principale est reliée à l’enseignement général, personnel ou professionnel, des services de nature communautaire, religieuse, culturelle et patrimoniale ». C’est aussi banal que de joindre le terme végétarien pour parler des établissements de restauration.

 

Le lendemain, La Frontière relate le règlement modifié dans un court article sur le Web. Et l’agressivité se déchaine! Des commentaires racistes émergent à la suite du petit reportage. Des propos tels que le personnel du journal passe une partie de la journée à les effacer : « Qui continue à faire rentrer des immigrants c’est ça que ça donne gang de cave! [sic] » et : « On fera un feu de la Saint-Jean avec la mosquée de Rouyn-Noranda » ou encore : « Ça va finir en fusillade ici aussi le monde est cave!! [sic] » Voilà à quoi cela a ressemblé.

 

J’insiste pour que nous nous regardions dans le miroir. Ces mots ne viennent pas de Québec, chef-lieu des radios poubelles. Ils ont été écrits par des habitants d’une région qui se targue d’être accueillante, souriante et ouverte sur le monde. Leurs auteurs n’ont pas le prétexte facile d’une crise économique ou de la présence d’un parti d’extrême droite organisé comme il en existe ailleurs. Pire, notre région n’aurait jamais pu se bâtir ainsi sans immigration!

 

Est-ce l’influence malsaine du nouveau président américain? Est-ce l’ignorance, la peur de l’autre ou le fanatisme exposé sans gêne sur les réseaux sociaux? Je ne saurais le dire. Nous ne sommes cependant pas tout à fait aussi beaux et bons qu’on le prétend dans nos publicités touristiques. Faire semblant que la haine raciale n’est pas vivante ici et que tout va pour le mieux ne pourra que la laisser se propager. Que faire alors?

 

Nous ouvrir les yeux. Ensuite, nous lever pour voir les gens et leur parler. Questionner tous ceux qui osent dire que nous sommes «envahis». Pas juste sur Facebook, mais aussi dans la rue, pour vrai! Leur permettre, même pour quelques instants, de comprendre que l’autre peut être apprécié sous un autre prisme, un autre spectre, plus coloré et bienfaiteur, c’est déjà ça...

 

Faire voir nos couleurs fièrement, les montrer en public dans tous leurs éclats pour éblouir la peur de la différence. Pour surtout empêcher ce mal de s’étendre, car il est là.

 

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