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Chroniques // Éditorial

À quand la fin de la colonisation?

// Ariane Ouellet - 25 sept. 2013

Numéro : Octobre 2013

 

Ariane Ouellet, rédactrice en chef de l'Indice bohémien
photo : Courtoisie

 

Il y a en Abitibi-Temiscamingue une effervescence culturelle certaine. Sujet de fierté pour plusieurs, notre coin de pays retient de plus en plus ses créateurs. Du côté des métiers d’arts,  les Katia Martel, Caroline Arbour et Créations Inédith rayonnent hors des limites de la 117 et réussissent à vivre de leur création. C’est fort heureux. Il y a certainement un lien à faire entre le choix de vivre en région et la possibilité d’y gagner sa vie.

 

Une autre discipline dans laquelle nos artistes et artisans « performent » et rayonnent,  c’est celle du cinéma et des arts médiatiques. Il existe en Abitibi-Témiscamingue une histoire du cinéma. Je devrais dire une histoire d’amour du cinéma! Notre région a le même âge que le 7e art et nous avons la chance que son développement ait pu être filmé, documenté.

 

L’ère du numérique a créé une révolution partout au Québec et ailleurs, rendant possible une plus grande autonomie dans la production de films. Plus besoin de matériel gigantesque et spécialisé pour tourner et faire du montage. Le numérique a démocratisé la pratique de la vidéo, en permettant à de jeunes créateurs  de faire leurs premières armes à très peu de frais. Les Racamés de ce monde ont suscité des rencontres ludiques et sans prétention autour de courts métrages « maison », offrant ainsi une tribune mensuelle à des jeunes vidéastes. Une initiative qui a fait des petits, qui sont devenus grands.

 

L’existence d’un fonds dédié aux arts et aux lettres en Abitibi-Témiscamingue n’est pas non plus étrangère à l’explosion de projets importants qui ont vu le jour depuis une dizaine d’années. Ce financement a permis à des Serge Bordeleau, Martin Guérin et Dominic Leclerc de se consacrer à la création, ici. Kitakinan, Voir Ali, Alex marche à l’amour, pour ne nommer que ceux-là, sont des films qui mettent la région sur la « mappe », et d’une façon qui nous éloigne doucement des clichés reliés au territoire de colonisation. Ces films sont des exemples magnifiques de la métamorphose de notre identité, ou plutôt de la disparition progressive du complexe de la région éloignée, laissant la place à la fierté d’être ce que nous sommes. Le cinéma sert à se voir, à se connaître et à se reconnaître.

 

Il existe ici une vitalité unique, encouragée d’abord par la tenue du Festival de cinéma international en Abitibi, secondée par un département de cinéma de niveau collégial, avec une foule d’initiatives à travers la région pour développer le cinéma d’auteur et son public: Festival de cinéma des gens d’ici, DocuMenteur, ciné-qualité et j’en passe. Et pourtant, les réseaux de distribution traditionnels ne semblent pas ou peu répondre à la vitalité qui émerge. Est-ce que le public manque au rendez-vous? Ce n’est pas certain.

 

De toute évidence, le cinéma québécois ne se porte pas très bien financièrement. Du moins, quand on l’aborde par le nombre d’entrées payantes dans les salles de diffusion. C’est un angle qu’il faut aborder, peut-être pour dire qu’il est difficile de se tailler une place auprès du public quand on doit rivaliser avec (ou contre) les budgets de promotion des géants américains, qui détiennent en plus un pouvoir énorme auprès des propriétaires de salle de cinéma. Sans dire qu’ils les tiennent par les couilles, les redevances que touchent ces derniers en fonction des ententes avec les distributeurs les rendent peut-être financièrement dépendants, donc culturellement soumis. Si bien que l’offre de cinéma d’auteur se fait rare en dehors des programmations des cinés-qualité.

 

Le financement et la diffusion sont le nerf de la guerre. Pourtant, il est surprenant de voir la qualité d’un film produit avec un maigre budget de 20 000 $, ici en Abitibi-Témiscamingue, et de l’impact que ces  productions peuvent avoir sur le rayonnement de notre culture. On se croirait presque dans le département des miracles.

 

Si la région peut être fière du bassin de créateurs talentueux et compétents qui y fleurit, il faut se rappeler de la fragilité de cet écosystème. En dehors des festivals, il doit y avoir des moyens de donner une vitrine intéressante aux productions cinématographiques et médiatiques de chez nous et d’ailleurs au Québec. Si la créativité existe chez les cinéastes d’ici, elle doit bien trouver son pendant chez les cinéphiles et les diffuseurs!

 

 

 

 

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