PHILIPPE MARQUIS 

Savourer le chant des branches au vent, doucement, dans un désert d’imaginaire. Écouter sans retenue une chorale de pins blancs juchés sur un esker. Partout, sur nos forêts, de tendres rafales caressent l’essence des arbres en dormance. Tant et tant de beauté dans l’hiver. La blanche lumière illumine nos journées cernées par l’agenda insomniaque du quotidien.  

Des ondes proviennent de plus loin que l’horizon, voyageant à travers l’air jusqu’à nos oreilles et nos êtres. Sans comprendre, nous ressentons ce lien invisible qui nous lie à nos semblables. Nous ressentons des tentatives pour éteindre leur liberté, leurs droits, leur dignité… 

Mais ici, je refuse cet écho lointain. Je ne fais pas confiance à tout ce qui fait ombre à la joie. La JOIE, celle qui donne leur éclat aux êtres, aux nuages, aux flocons, aux couleurs, à l’amour… Celle qui peut faire tomber les idées échevelées comme des herbes folles sur les esprits contraints au pire. Sentir les consciences somnambules être frappées d’extase. Entendre le plus grand nombre s’éclater de rire. Prendre par surprise les pouvoirs aux visions étroites. Fleurir en hiver. Ensemencer les pensées arides de projets capables d’éclore dans le désert. Que peut-on rêver de mieux? 

Peut-être, se rassembler juste pour partager chaleur et humanité, les enfants s’amusant sur des buttes si hautes qu’ils peuvent effleurer les étoiles. En ce lieu, il ne se trouve aucune place pour les milliardaires et leurs adorateurs.  

En cette époque obscure, malgré la tourmente mercantile, il y a moult manières d’éclairer le présent. S’étendre dans la neige pour y faire des anges et voter en formation arc-en-ciel pour colorer les nuits glaçantes et sombres. Afficher un sourire, un vrai, afin d’éblouir le quotidien tout en partageant un repas chaud; des gestes gratuits pour commencer par la base. Ça ne prend vraiment pas grand-chose. 

Ne perdre aucune énergie à se battre contre quoi que ce soit, où que ce soit. S’atteler à labourer le terrain qui est nôtre en y cultivant le meilleur. Prendre appui sur ce par quoi nous sommes portés : nos enfants, toutes ces personnes adorées, les matins frisquets, les après-midis de juillet, le vent du temps présent… 

Je nous invite à rêver bien plus que cela, tant que ça nous fera envie, même dans des couleurs qui n’existent pas encore. Il me semble sincèrement que cela aide à vivre. 

Là-bas, à nos pieds, des vers tentent de tracer leur chemin dans la tempête. Le temps effacera leurs auteurs. Les lecteurs y reviendront afin d’y trouver un sens. 

J’écris ce texte en pensant à Renée Nicole Good, poétesse et mère de trois enfants, tuée par un agent de la police de l’immigration américaine le 7 janvier dernier à Minneapolis. 


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