JOANIE DUVAL, EN PARTENARIAT AVEC TOURISME ABITIBI-TÉMISCAMINGUE
À ses débuts, Rouyn-Noranda n’était pas un lieu des plus féminins, la ville était plutôt foulée par les bottes d’une majorité d’hommes en quête de gloire minière. L’écho de ces pas s’est répercuté dans notre histoire, tellement que c’est une tâche ardue de trouver de l’information sur la vie de nos pionnières. J’ai lu de rares témoignages recueillis auprès de dames âgées qui, bien qu’offrant une fenêtre intéressante sur le quotidien de l’époque, parlent de leurs maris, de leurs pères, de leurs frères, mais peu d’elles. Heureusement, les choses ont bien changé aujourd’hui, même s’il reste du chemin à parcourir.
J’ai donc choisi de vous parler de femmes qui m’ont touchée particulièrement et que j’aimerais voir en tête d’affiche de nos récits d’histoire au lieu de la pataugeoire patriarcale dans laquelle on baigne. Y a-t-il une historienne dans la salle?

TISSEUSE SOCIALE
C’est une femme qui a fondé, en 1926, le premier cinéma en ville : le Théâtre Régal, qui comptait 325 places. Christine Cloirec, ou miss Carey (du nom de son mari), était l’une des rares propriétaires foncières de l’époque. On peut déceler un esprit avant-gardiste et près de la communauté dans la façon dont cette pionnière prêtait sa salle de cinéma pour des mariages, des conseils municipaux et même pour faire l’école. Les Prix Régal de la Ville de Rouyn-Noranda, qui récompensent les artistes locaux, sont d’ailleurs inspirés de la belle histoire du théâtre de miss Carey. Celle dernière a participé à la naissance culturelle de la ville et a contribué à tisser les liens communautaires. À Rouyn-Noranda, on retrouve maintenant la rue Christine-Cloirec en son honneur. Miss Carey est décédée en 1942. Gageons qu’elle aurait adoré le Festival du cinéma international en Abitibi-Témiscamingue.
JEANNE SUR LES ROUTES
Saviez-vous que le roman Jeanne sur les routes de Jocelyne Saucier était inspiré de l’histoire de la militante pour les droits des travailleurs Jeanne Corbin? Cette femme, dont la vie a été trop courte, a aidé l’organisation du mouvement syndicaliste à Rouyn-Noranda dans les années 1930, notamment avec la grève des bûcherons contre la Canadian International Paper et la fameuse grève des Fros (de « Foreigners » [étrangers]). Elle sera d’ailleurs arrêtée et incarcérée chaque fois. Le courage, la détermination et l’amour de la justice sociale de Jeanne Corbin sont grandement inspirants. Elle s’est éteinte à l’âge de 38 ans, des suites de la tuberculose. J’ai le sentiment que si elle était en vie aujourd’hui, Jeanne nous accompagnerait dans nos luttes féministes.
GARDIENNE DE L’HISTOIRE
On peut voir Annette Lacasse-Gauthier comme une gardienne de l’histoire de Rouyn-Noranda et de sa région. D’abord enseignante au primaire jusque vers la fin des années 1940, Annette devient archiviste à la Société nationale des Québécois, puis s’implique comme présidente de la Société du patrimoine de l’Abitibi-Témiscamingue et membre du conseil d’administration de la Société d’histoire de Rouyn-Noranda. Sa passion pour l’histoire de son coin de pays la pousse à participer au projet Héros sans panache en publiant trois tomes de cette série historique. Annette est également l’autrice de J’ai vu naître et grandir ces jumelles (1967) et Les jumelles à l’âge d’or (1985). Son travail a permis de dévoiler de larges pans de notre histoire, notamment ceux moins connus des femmes qui en font partie. Le parcours d’Annette m’a beaucoup inspirée dans l’écriture de ce texte.