OLIVIER PITRE, DIRECTEUR, SOCIÉTÉ DE L’EAU SOUTERRAINE ABITIBI-TÉMISCAMINGUE 

Mai 2000. La municipalité de Walkerton (Ontario) est frappée par une importante contamination de l’eau de son aqueduc par les bactéries pathogéniques E. coli et C. jejuni. La source de cette contamination est reliée à l’épandage de fumier à proximité d’un des puits de la municipalité peu de temps avant une averse importante. Plus de 2 300 cas recensés de gastro-entérite, soit la moitié de la population desservie, et 7 décès sont attribués à cette contamination. 

Le juge Dennis O’Connor, nommé pour diriger une commission d’enquête indépendante, note dans son rapport une série de défaillances à tous les niveaux, incluant le contrôle des usages dans l’aire d’alimentation du puits. Dans les mois qui suivent, plusieurs provinces canadiennes, dont le Québec, amorcent des travaux afin de mieux protéger leurs populations.  

2002. Le Règlement sur le captage des eaux souterraines (RCES) entre en vigueur au Québec. Il reprend l’approche de protection des barrières multiples déjà prévue dans le guide Les périmètres de protection autour des ouvrages de captage d’eau souterraine promu par le ministère de l’Environnement auprès des municipalités, mais qui est non contraignant. Le RCES est spécifiquement conçu pour prévenir de nouvelles contaminations d’origine agricole comme celle de Walkerton. 

WEB. Aires de protection du puits municipal de Val-d’Or. Source SESAT 2023

2009. Dans le cadre de ses travaux au sein de la Commission régionale sur les ressources naturelles et le territoire, la Société de l’eau souterraine Abitibi-Témiscamingue (SESAT) constate non seulement que les périmètres de protection de ces captages ne sont pas disponibles pour l’intégration aux travaux de la Commission, mais que le Ministère n’est pas non plus en mesure de fournir la liste des municipalités qui satisfont à leurs obligations en vertu du RCES. En effet, l’article 25 du Règlement prévoit que les municipalités doivent fournir leurs périmètres de protection uniquement « sur demande du ministre » qui, apparemment, ne les demande pas systématiquement. 

2014. Le RCES est remplacé par le Règlement sur le prélèvement des eaux et leur protection (RPEP), qui instaure pour la première fois l’approche de protection par barrières multiples également pour les captages d’eau de surface destinés à la consommation humaine, en ajoutant au passage quelques normes issues du débat sur l’exploration/exploitation des gaz de schiste qui a cours ces années-là dans la vallée du Saint-Laurent. C’est aussi la fin de l’autosurveillance qui prévalait sous l’ancien Règlement et les municipalités ont jusqu’au 31 mars 2021 pour remettre au ministre leurs périmètres de protection révisés selon les normes resserrées du RPEP. 

31 mars 2021. En Abitibi-Témiscamingue, ce jour-là, la mise à jour des périmètres de protection est terminée pour seulement 13 des 23 sites de prélèvement d’eau desservant plus de 500 personnes. Il faut attendre encore deux ans avant que l’ensemble des municipalités de la région satisfassent à leurs responsabilités en vertu du RPEP et que la SESAT puisse publier, en février 2023, la géodatabase régionale de l’ensemble de ces périmètres de protection. 

Olivier Pitre. SESAT

Mars 2024. Certaines des municipalités responsables de ces captages élaborent présentement leur plan de protection de ces territoires. Pendant ce temps, les cas documentés de contamination de prises d’eau municipales sont de moins en moins anecdotiques : hydrocarbures dans la prise d’eau de La Reine, chlorures dans celle de Cadillac, composés perfluorés (PFAS) dans celle de Val-d’Or. Par ailleurs, les sites de ces prises d’eau et de leurs périmètres de protection ne sont toujours pas disponibles sur l’Atlas de l’eau du ministère de l’Environnement ou sur Données Québec. 

À la veille du 25e anniversaire des décès à Walkerton de Melville Dawe (69 ans), Lenore Al (66 ans), Mary Rose Raymond (2 ans), Robert Brodie (89 ans), Edith Pearson (82 ans), Vera Coe (75 ans) et Laura Rowe (84 ans), permettez-moi de poser ce constat très simple : on n’avance pas assez vite! 


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