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Environnement

ESPÈCE NATURALISÉE

// AURORE LUCAS, CHARGÉE DE PROJETS AU CONSEIL RÉGIONAL DE L’ENVIRONNEMENT DE L’ABITIBI-TÉMISCAMINGUE - 1 oct. 2021

Numéro : Octobre 2021

 

photo : Sophie Mikat sur Unsplash

 

En biologie, on parle d’espèce naturalisée lorsque l’espèce parvient à s’implanter naturellement dans son nouvel environnement. La marguerite blanche (Leucanthemum vulgare) et le pissenlit officinal (Taraxacum officinale) sont d’excellents exemples. Ce n’est pas un secret pour personne, l’Abitibi-Témiscamingue regorge de descendants d’immigrants et de nouveaux arrivants colorés qui embellissent notre culture et notre patrimoine, un peu à l’image des champs colorés par des fleurs naturalisées.

 

TERRITOIRE D’ACCUEIL

 

Ayant fait des études en écologie en France, je connaissais déjà, avant même de mettre un pied sur le territoire témiscabitibien, des arbres par leurs noms scientifiques. Je savais aussi que la région est dans une zone de transition entre différents domaines bioclimatiques. Ces zones de végétation se succèdent selon les latitudes, en commençant de la forêt boréale mixte au sud vers une forêt boréale résineuse plus au nord. Au-delà de ces notions très théoriques, et peu importe mes connaissances initiales, quelqu’un finit toujours par dire quelque chose comme : « Tu verras, l’Abitibi-Témiscamingue, c’est une épinette, un lac. Une épinette, un lac. Une épinette un lac… » Il est bien vrai que les épinettes règnent en maître parmi les milliers de lacs. Toutefois, j’ai rapidement constaté que ce genre de description brosse un portrait terne qui ne fait pas honneur à la biodiversité régionale.

 

En tant que nouvelle arrivante, je me rappelle avoir ressenti un sentiment d’immensité, une impression que le territoire était encore vierge. Le lac Abitibi peut être confondu avec une mer intérieure et les plages de sable des lacs d’esker arborant des thuyas ressemblent à des écosystèmes méditerranéens. Puis l’intégration à la société témiscabitibienne et à son histoire m’a fait voir un tout autre visage à cette terre de ressource. Malgré l’occupation très récente du territoire par de nouveaux arrivants blancs, l’exploitation des ressources naturelles et l’intégration du rôle des nouveaux arrivants dans l’histoire régionale donnent le vertige. Je me suis interrogée à savoir quelle différence il y a entre un nouvel arrivant au 21e siècle ou celui des années 1940? Après tout, n’arrivons-nous pas tous avec l’aspiration d’avoir une vie meilleure? Malgré la frénésie du développement régional, il est agréable d’avoir la chance de s’implanter dans un milieu avec le sentiment que tout est possible, qu’il reste tant à faire, et que sa contribution peut faire une différence.

 

COLONISATION EFFRÉNÉE

 

On pourrait penser que les enjeux environnementaux régionaux se différencient de ceux des régions du Sud et que les problèmes ne sont pas les mêmes, mais il n’en est rien. Sur notre immense territoire, nos voitures et nos camions avalent les kilomètres sans même que cela nous fasse sourciller. Le développement des chemins et des routes est le premier jalon de l’étalement urbain. Peut-être est-ce le terme urbain, renvoyant aux grandes métropoles, qui détonne dans cette région éloignée entourée d’une immense matrice forestière. Le concept de territoire anthropisé trouverait-il plus de résonnance ici? Qu’on se le dise, la région n’est pas épargnée par cet « étalement du territoire anthropisé ». L’appropriation du territoire et l’anthropisation des milieux naturels mènent inexorablement vers une uniformisation et un appauvrissement des écosystèmes.

 

Cet appauvrissement en biodiversité des écosystèmes fragilise la nature et la rend, par le fait même (humain inclus), plus vulnérable aux impacts des changements climatiques. Les peuples autochtones qui vivent sur le territoire depuis des centaines, voire des milliers, d’années ont bien des choses à nous apprendre sur la façon dont l’humain est dépendant de la nature, et non l’inverse. Considérant que nous occupons ces terres autochtones depuis à peine un siècle, nous commençons à peine à être naturalisés. Pourquoi ne pas être à l’écoute de ceux qui y habitent depuis des siècles? Prenons exemple sur les espèces naturalisées qui ont su s’intégrer et devenir un élément essentiel, tels les pissenlits pour les abeilles et la pollinisation.

 

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