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Chroniques // L'anachronique

Semer l'automne

// Philippe Marquis - 7 nov. 2017

Numéro : Novembre 2017

 

Je ne sais pas ce qui m’arrivera au moment d’écrire ces lignes. En fait, j’en prends conscience maintenant, on ne le sait jamais. Jamais. Ce qui est certain, c’est que les feuillus sont en feu. Je sens aussi les nuits gelées et vois le soleil disparaitre de plus en plus tôt. Il fait de plus en plus nuit.

 

Je vis une nouvelle expérience, je marche un peu à tâtons dans cet automne sans nom. Des camarades dévoués m’épaulent sans relâche. Leurs sourires, vos sourires et les tapes dans le dos m’éclairent. C’est l’automne dans mon pays tant aimé. C’est l’automne et je parcours les 6500 kilomètres carrés de ma municipalité régionale de comté (MRC). « Bonjour, je me nomme Philippe Marquis… »

 

Des ainés de Rollet me racontent le temps des bleuets dans les années 1940. Les familles les cueillaient pour payer les fournitures scolaires. Il y eut un été où les enfants ont commencé l’école tard en septembre tellement la récolte avait été bonne. Partout sur ma route, les feuilles tombent lentement. J’aime tellement nos gens.

 

Il y a cet homme. Il m’a mis au défi de visiter son rang de « planche à laver ». D’instinct, je décide de lui faire une visite surprise un dimanche après-midi. Je cogne et ne reçois pas de réponse. En allant voir derrière la résidence, je vois les pieds d’un couple dans un hamac. Ce n’est pas moi qui briserai leur repos. Je reprends ma route, celle que j’aime et qui m’a toujours fait cahoter. Dans les champs, des balles de foin rondes font montre de moissons.

 

On dit qu’on récolte ce qu’on sème. Je ne sais trop ce que je récolterai dans cet octobre de ma 55e année. Qu’importe ce qu’il adviendra, tes bras seront toujours aussi accueillants, chérie.

 

Les Huskies ont commencé leur saison. Les forêts se peuplent de vacanciers… Les autobus ont repris leur routine et les enfants, les adolescents, les étudiants recommencent à se ronger les sangs. Jeanne, ma fille adorée, voit l’image de son père orner des rues.

 

Je cogne aux portes pour me présenter. On me parle d’un vent de changement. Mais le vent est toujours changeant et peut toujours tout balayer. Il peut virer de bord aussi. Il est différent tout le temps. Il change d’une vague à l’autre comme d’une respiration à l’autre. Je marche, longe les rues, entre pour assister à des évènements, sors des studios… Une méditation naturelle se poursuit.

 

Vous m’accueillez avec vos enfants dans les bras. Vous m’ouvrez votre porte en pyjama, en « lousse » ou en retenant vos chiens. Je suis content de vous voir et ne vous demande rien d’autre que de mieux vivre ensemble. J’ai toujours fait ainsi.

 

De violentes pluies, froides comme octobre, abattent les feuilles par millions. Elles tombent comme les communiqués de presse sur les journalistes surchargés. Je ne sais pas si les nouvelles sont bonnes… Les mélèzes tournent au jaune.

 

Qu’arrivera-t-il après cela? Après nous?

 

Il y aura toujours l’automne...

 

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