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ÉDITORIAL

Être ou ne pas être

// Ariane Ouellet - 26 nov. 2019

Numéro : Décembre 2019/Janvier 2020

 

photo : Ariane Ouellet

 

Encore un éditorial qui n’en est pas un. Je ne suis spécialiste de rien, ni historienne, ni sociologue, ni journaliste, ni analyste politique. Ma spécialité est sans doute de beaucoup réfléchir à cette part immatérielle de l’être et de chercher à trouver le sens dans ce que nous sommes, ou ne sommes pas, dans ce que nous faisons ou ne faisons pas.

 

Comme plusieurs d’entre nous, j’ai regardé une partie de la soirée électorale d’octobre avec un mélange de sentiments. Honnêtement, j’ai eu peur de la vague conservatrice que je vois déferler sur le reste du Canada. Les extrêmes idéologiques m’inquiètent, surtout quand ils s’approchent du pouvoir. Ce soir-là, j’ai vu le Québec se réaffirmer en tant que nation devant le reste de cette fédération canadienne qui n’a de sens, je crois, que dans une sorte d’union pratico-pratique faite d’allégeances ou d’alliances économiques. J’ai vu plus que jamais le Canada divisé et fragile. Outre la fierté qu’on ressent devant nos athlètes olympiques qui récoltent des médailles, je me demande bien ce qui nous unit, en tant que pays, puisque nous sommes culturellement si différents. Je pense que ce soir-là, bien des Albertains se sont posé la même question que moi. Qui sommes-nous? Qu’est-ce qu’on fait là?

 

Je ne sais pas vraiment ce qui définit un pays. Les notions de frontières sont plus que jamais à redéfinir, dans cette époque de migrations massives, de conflits armés, de catastrophes climatiques. Les peuples migrent, mais chacun garde au fond de soi une part de sa terre natale, qu’il transporte où qu’il aille. Est-ce que le concept de pays peut persister à travers les habitudes de vie, les croyances, la culture? Comment conjuguer les mixités nouvelles imposées par ces grands bouleversements sociaux? Il faut bien réfléchir à la question pour trouver des avenues innovantes, des portes ouvertes et des possibles. La peur de l’autre mène trop souvent à des impasses.

 

Les artistes doivent souvent rédiger des textes pour expliquer leur travail. « Quelle est votre démarche artistique? Quelles sont vos préoccupations? » Une grande part des formations universitaires en art sont d’ailleurs orientées vers les réflexions entourant ces grandes questions existentielles. On doit apprendre à réfléchir, à clarifier notre propos, ce qui nous touche, ce qu’on a à dire et comment le faire. Pour plusieurs, c’est un exercice ardu qui prend des années à mûrir avant d’éclore. Malgré le défi, je pense que ce temps de réflexion où l’on tente de nommer ce qu’on a au fond de l’âme est un moment privilégié pour trouver un sens à ce que nous faisons, pour quoi et pour qui. On a de la chance que notre métier nous y oblige, parce que le temps que chacun passe à méditer sur le sujet ou à philosopher est plutôt rare. Dommage que ça ne s’enseigne pas au primaire.

 

Vous vous demandez où je vais avec ces grands détours? En fait, je pense qu’il est très difficile de se définir soi-même, de mettre des mots sur ce que nous sommes. Et si la tâche est si ardue d’un point de vue individuel, elle l’est encore plus quand vient le temps de conjuguer au pluriel. Comment savoir vraiment ce qui anime mes collègues, ma ville, ma région, ma province, ma nation? Quels sont les dénominateurs communs de mon pays? Dans quelles valeurs chaque personne va se reconnaitre? Est-ce seulement possible? Chaque affirmation risque de trouver son contraire et c’est peut-être tant mieux. On ne peut pas homogénéiser l’être humain sans y perdre au change. Mais la notion du vivre-ensemble amène nécessairement une réflexion sur la façon d’y arriver. À l’ère des médias sociaux, la chicane est trop facile. On vaut bien mieux que ça.

 

Je pense que les différentes sphères de gouvernance gagneraient à organiser de grands chantiers visionnaires pour repenser la société d’aujourd’hui et de demain. On y verrait peut-être naître de véritables « mandats clairs ». Plusieurs municipalités le font pour élaborer leurs différentes politiques : famille et aînés, culture, sports et loisirs, etc. Le théâtre même y participe. Pensons à la pièce « Constituons! », qui a fait l’exercice réel d’une assemblée constituante. Intéressant de lire leur projet de constitution déposée en juin dernier à l’Assemblée nationale. Voici un extrait des droits et devoirs fondamentaux : « 9. Toutes [les] personnes, notamment les personnes démunies, les plus vulnérables, les personnes d’âge d’or, en situation de handicap, ont droit à une couverture sociale suffisante en cas de nécessité, favorisant leur épanouissement et leur évolution au sein de la société.10. Chaque personne a droit à un environnement sain, sécuritaire et suffisant, incluant, notamment, de l’eau potable, des éléments naturels et tous les écosystèmes qui entretiennent la vie et la solidarité entre les générations. »

 

Ceux et celles qui ont eu la chance de voir le documentaire L’Empreinte, sorti en 2015, ont pu voir le résultat bouleversant et inspirant d’une démarche visant à répondre à quelques-unes de ces questions identitaires collectives au sujet du Québec. Il faut une grosse dose d’utopie pour penser contribuer au changement. Mais à voir l’amour que suscite un artiste comme Fred Pellerin à travers la francophonie, ou encore la vague de générosité qui déferle en ce moment avec le mouvement « Donnez au suivant », je pense que l’humain a encore et plus que jamais besoin de tendresse et d’authenticité. Il a besoin de se sentir lié au reste du monde et c’est pour ça qu’il faut trouver ce qui nous unit, ça presse. Même si c’est une utopie, ça ferait un beau projet de société, non?

 

 

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