JOANIE DUVAL
Du plaisir, c’est la raison de la longévité de la Cie de la 2e scène que dirige Michel Pilon. La troupe de théâtre a su, contre toute attente, se tailler une place dans le paysage culturel valdorien. Après toutes ces années, le metteur en scène éprouve encore un grand plaisir à travailler avec son groupe de « maniaques » de théâtre.
LES ORIGINES
Michel Pilon, sans être l’un des fondateurs, a participé à la naissance de la Cie de la 2e scène, fondée notamment par Doris St-Pierre en 1976, « en voyant le groupe théâtral de Val-d’Or s’effriter tranquillement. C’est dur, c’est quelque chose de garder vivant un organisme comme ça parce que les gens ce ne sont pas des professionnels, ils ne gagnent pas leur vie avec ça. Ils ont tous des emplois, des familles. Puis là, quelques maniaques comme moi ont décidé de fonder la Cie de la 2e scène », raconte-t-il.
Le nom de la troupe a été choisi pour exprimer une revendication à la Ville de Val-d’Or qui accordait peu de place à la culture à l’époque. « C’était un pied de nez qu’on faisait à la Ville parce qu’elle venait de [construire] une deuxième glace à Val-d’Or. Il y avait la salle Félix-Leclerc effectivement, mais nous autres, on ne pouvait pas y aller le lundi et le mercredi parce que les joggeurs étaient là. Je n’ai rien contre le jogging, j’en ai fait des années, mais [la salle] n’était pas disponible. Puis le mardi et le jeudi, c’était le groupe d’haltérophilie. Imagine de forts gaillards qui lèvent des poids au bout de leurs bras et [les] laissent tomber sur la scène. Ç’a tout cassé la scène. Heureusement, il y a eu des changements au niveau culturel, donc on en a profité et on a envahi les lieux », se remémore Michel.

DANS LA COMÉDIE
Même si elle a touché des thèmes sérieux avec des pièces comme Un grand cri d’amour de Josiane Balasko, la Cie de la 2e scène trouve son X dans la comédie dramatique. « Cette année, on a choisi une comédie dramatique policière sur fond de droits des femmes. Ça se passe en 1935 [quand] les femmes n’avaient même pas le droit de vote, elles ne pouvaient pas signer des contrats. Donc il y a un meurtre et c’est une femme qui est accusée et le jury, c’est 12 hommes. Mais l’espoir est au rendez-vous! Ça parle d’amour, de trahison, d’injustice. C’est drôle, c’est touchant et ce n’est pas pour me vanter, mais c’est très bien joué », affirme le directeur sur sa dernière production, Mon crime, de François Ozon.
« La gang avec qui je travaille, ça fait la sixième production [avec] le même groupe. On se connaît, puis quand je fais la mise en scène, je n’ai pas besoin d’intervenir beaucoup parce que ces gens-là ont une belle expérience de scène et ils sont capables de jauger leurs personnages et d’apporter des choses. Ils sont très bons », ajoute-t-il avec fierté.
UNE PORTE D’ENTRÉE CULTURELLE
Depuis 19 ans, la troupe joue en formule souper-spectacle à l’Auberge Harricana de Val-d’Or devant une salle comble tous les soirs. « C’est important dans une ville, une troupe comme la Cie de la 2e scène. On s’en rend compte quand les gens viennent nous voir et demandent si on produit quelque chose cette année. C’est attendu. Et il y a des gens qui ne sont jamais allés au théâtre et qui viennent nous voir et disent : “Mon Dieu, c’est donc ben le fun!” Ces gens-là, tu vas les voir aller voir des pièces plus profondes. Souvent ils n’allaient pas voir de spectacle du tout et là, tu vas les voir partout », affirme Michel.
Mon crime est présenté, les vendredis et samedis, du 3 avril au 9 mai à l’Auberge Harricana de Val-d’Or. On y retrouve les complices de Michel Pilon des dernières productions : Carle Arsenault, Marc-André Bastien, Cassandra Bédard, Josiane Bernard, Laurie Chrétien, Éric Lunam, Samantha Peloquin et Josée Letendre.