Le Festival du Jamais Lu met en lumière de nouveaux textes théâtraux ainsi que de nouveaux et nouvelles dramaturges. Ayant ses antennes à Montréal et à Québec, il voyage aussi un peu partout dans la francophonie. Une division du festival, le Festival du Jamais Lu Mobile, quant à lui, s’établit dans quatre régions du Québec : en Estrie, en Gaspésie, au Saguenay–Lac-Saint-Jean et en Abitibi-Témiscamingue. À sa première édition, c’est le texte Un coin jeté dans l’nord, d’Alexandre Castonguay et de Nicolas Lauzon, qui a été offert au public, sur les planches de l’Agora des Arts. Pour la deuxième édition, un texte d’Isabelle Rivest sera présenté.  

Cette occasion de construire un réseau de dramaturges, Isabelle Rivest l’apprécie beaucoup. Marcelle Dubois, la directrice artistique et générale du Jamais Lu, tient à libérer la parole des autrices et auteurs de théâtre, tant à Montréal qu’à Québec, mais aussi « en région ». La nature profondément culturelle de l’Abitibi-Témiscamingue, sans oublier le succès de 2022 du Jamais Lu Mobile, en fait donc un pôle de choix pour l’édition 2024.  

NOS MÈRES MEURENT (ET NOUS N’Y POUVONS RIEN) 

Isabelle Rivest a toujours écrit. Depuis qu’elle est toute petite, elle couche sur papier ses moments de vie, pour prendre du recul et mieux les saisir. Cette fois-ci, elle a écrit sur la disparition. Dans sa vie, elle a récemment accompagné sa mère dans la perte de ses repères cognitifs. Cette expérience bouleversante, intime et majeure lui a inspiré la pièce Nos mères meurent (et nous n’y pouvons rien). Il était important pour elle de parler de la disparition, celle qui éclipse la mort même, celle qui se déploie à petit feu et qui sépare les êtres qui s’aiment. Son texte devient porteur de grandes émotions, celles que nous rencontrerons toutes et tous un jour : la peine, la perte, les bras qui se ferment sur le vide. Malgré la tristesse du texte, l’écriture vive, sentie et lumineuse d’Isabelle Rivest offre un tableau humain poignant et nécessaire.  

CRÉER POUR SE TRANSFORMER 

C’est l’Agora des Arts qui accueillera encore l’équipe du Jamais Lu Mobile, le 7 février à 19 h. Interrogé sur l’intérêt que porte l’Agora au Festival, Adam Faucher, le directeur artistique répond qu’« il n’y a rien de plus déterminant pour un auteur ou une autrice que de se confronter à un premier public. Est-ce que le public va comprendre le fond? Aimer la forme? Cette première rencontre permet aux auteurs et autrices de savoir ce qui fonctionne et ce qui fonctionne un peu moins dans leur texte. Ce Festival n’a pas la prétention de présenter des œuvres finales, mais plutôt en chantier. Et ce que l’Agora des Arts aime de cet évènement, c’est permettre aux artistes d’avoir une tribune dans un contexte de laboratoire ». 

Cette rencontre avec le public se fera par la mise en lecture du texte. Nous pourrons donc recevoir ce texte un peu comme une confidence, les déplacements sur scène n’étant pas précisés. L’importance de l’oralité et du laboratoire de création stimule beaucoup Isabelle Rivest, qui explique que l’espace qu’offre le Jamais Lu, c’est un espace où l’on peut se tromper. On entend, on reçoit son texte et on le comprend encore mieux.  

Je peux cependant vous assurer qu’aucune note ne sonne faux dans ce texte théâtral très sensible et d’une grande beauté. 


Auteur/trice

Après avoir enseigné le français, le théâtre et la littérature au Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue, Gabrielle Demers oeuvre dans le domaine de la pédagogie universitaire. Elle s’adonne aussi à la performance, aux installations artistiques et aux arts imprimés. Elle se questionne sur les enjeux actuels liés à la féminité dans l’espace public, entre autres.