Ça parle de pulsions, de liberté, de sexualité (parfois volée), d’église (qu’on fait sauter), d’instinct, de rêves (éveillés ou pas), de la force intérieure brute des hommes, des sacrifices au bonheur, bref, de la vie, de notre vie à tous. Le spectacle Le cœur sacré de Jeanne-Mance en est un « nécessaire, dérangeant, pertinent, percutant », aux dires de ses créateurs. Pourquoi? Grâce à la forme du spectacle, unique et plurielle à la fois, les spectateurs pourront s’interroger en direct sur la société dans laquelle nous vivons. A-t-elle tant changé, depuis 40 ans?

Jeanne-Mance Delisle a un style réaliste imaginaire : les souvenirs de son passé, ses rencontres et le réalisme du présent sont des réalités qu’elle regroupe dans ses textes. Pour elle, l’écriture théâtrale, « c’est l’art de dire la vérité », qu’elle soit crue ou tendre. C’est par la tragédie et la mythologie personnelle qu’elle va exposer les schémas relationnels déficients de ces protagonistes dans lesquels le spectateur va trouver un écho brisé du réel. L’équipe de créateurs permet à ces mythes d’évoluer sur scène : les acteurs et les autrices s’interrogent sur les textes, nous apostrophant au besoin, soutenus par de la musique en direct, alors que des projections complètent cet univers éclaté. Ce spectacle nous guidera dans des extrêmes semblables, même si les artistes sauront nous guider et nous empêcher de tomber.

UNE CONSTRUCTION PLURIDISCIPLINAIRE

Ce spectacle est en chantier depuis des mois : travail d’archives, entrevues, (re)lectures des œuvres sélectionnées (Sonia Cotten), discussions entre autrices (avec Erika Soucy), puis entre acteurs et concepteurs (Valérie Côté, Stéphane Franche, Simon Dumas, Luca Mancone, Julie Mercier, Audrey Juteau) et installation de toute la dimension technique, visuelle et musicale (Massy-Émond, Christian Leduc, Jean-Philippe Rioux-Blanchette, Valentin Foch, Camille Barbotteau, Marika Mercier). Des noms qu’on connaît et qui sont le gage d’un travail sensible, intelligent et… spectaculaire!

Si les textes de Jeanne-Mance Delisle ont façonné le théâtre abitibien – pensons à la troupe des Zybrides (dont on tient à souligner le 40e anniversaire) –, ils ont aussi contribué à la littérature québécoise en marquant au fer rouge l’imaginaire de chaque lecteur. Le spectacle proposé au Petit Théâtre du Vieux-Noranda saura lui aussi époustoufler le public. La tragédie est le plus vieux moteur narratif du monde, et elle offre ici une panoplie de voix pour nous aider à trouver la nôtre. Ainsi, c’est à la lumière des textes de Delisle que nous pourrons réfléchir aux enjeux actuels de notre société : violence, consentement, pouvoir, liberté, révolte. L’équipe veut offrir un spectacle de littérature vivante, s’il fallait vraiment choisir une étiquette. Un spectacle qui permettra de saisir une ouverture sur soi, la littérature, la société. On cherche à se jouer des codes des œuvres qui sont présentées en se les attribuant, en en retirant chacune des couches de sens, puis en les mettant en contexte dans notre réalité, plus universelle qu’on le croit.

Les premières représentations auront lieu du 21 au 24 octobre au Petit Théâtre du Vieux-Noranda.


Auteur/trice

Gabrielle Demers enseigne le français, le théâtre et la littérature au Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue. Elle a la volonté d’accompagner les étudiants dans le développement de leur conscience citoyenne et dans leur découverte de la force pétillante de la littérature. Elle s’adonne aussi à la performance, aux installations artistiques et aux arts imprimés. Elle se questionne sur les enjeux actuels liés à la féminité dans l’espace public, entre autres.