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Chroniques // Littérature et conte

Hommage

Le grand héritage d'Anne-Michèle Lévesque

// Denys Chabot - 31 juil. 2020

 

photo : Karine Belzile

 

Avec le décès de l’écrivaine Anne-Michèle Lévesque, née à Val-d’Or en 1939, la littérature régionale perd l’une de ses romancières les plus douées et l’une de ses animatrices littéraires les plus éclairées, les plus dynamiques. Issue d’une famille qui a la passion des livres, Anne-Michèle s’avère pour le moins précoce. Après ses études primaires et secondaires (au cours desquelles elle remporte le Premier prix du Québec en composition), elle entreprend des études en sciences à l’Université de Montréal. Elle se fait connaître comme traductrice, comme secrétaire juridique et réviseuse linguistique. Elle fonde et dirige, de 1967 à 1974, à Amos, une école de ballet classique. Ses élèves présentent, sur une base annuelle, des spectacles qui ont un grand retentissement. Elle donnera naissance à deux filles, Brigitte et Annie. Linguiste spécialisée en langue française, Annie Bourret fera paraître des ouvrages aussi savants que teintés d’un délicieux humour.

 

Au fil des ans, Anne-Michèle se découvre peu à peu un vif engouement pour l’écriture. Elle est active dans le monde des lettres à compter de 1987, année au cours de laquelle elle remporte le Prix littéraire de l’Abitibi-Témiscamingue, pour une nouvelle intitulée La coquille. Sa toute première publication, des nouvelles humoristiques inspirées par son chien tout crépu, paraît en 1992, sous le titre de Persil frisé. Par la suite, ce sera une véritable déferlante, au rythme d’au moins une publication annuelle. Des romans, des récits de voyage, des recueils de poésie, tout particulièrement des haïkus, beaucoup d’ouvrages collectifs dont elle sera l’initiatrice et l’âme dirigeante.

 

Organisatrice-née, Anne-Michèle Lévesque sera, avec Jean Ferguson, l’animatrice la plus active et la plus féconde du milieu littéraire valdorien. Elle regroupera six auteurs de la région autour d’un recueil intitulé Abitibissimo, paru au printemps de l’an 2000, pour saluer l’arrivée du nouveau millénaire. Généreuse, toujours prête à partager ses goûts et passions, elle publie en outre des œuvres de concert avec Daniel Saint-Germain, Gilles Massicotte, Josette Saint-Laurent. Elle est aussi l’initiatrice de deux ouvrages collectifs marquants, parus aux Éditions du Quartz : Val-d’Or littéraire et C’est arrivé à Val-d’Or.

 

En 2001, coup d’éclat. L’excellence de sa veine policière se voit confirmée alors qu’elle remporte le Prix Arthur-Ellis, attribué au meilleur roman policier canadien de langue française, pour son roman Fleur invitait au troisième. L’année suivante, portée par une inspiration de haut vol, elle fait paraître ce qui constitue sans doute un sommet dans sa production littéraire, une fresque marine intitulée Rumeurs et marées, d’une écriture aussi chirurgicale que flamboyante. Entre-temps Anne-Michèle se lance dans une série de huit romans destinés au jeune lectorat, où s’illustre toute sa verve de conteuse. Du nombre, une série de quatre ouvrages écrits « en pingpong », en concertation avec sa fille Annie.

 

À compter de 2009, elle fait paraître chez un important éditeur montréalais, Hurtubise, sa trilogie intitulée Les enfants de Roches-Noires, qui remporte un vif succès populaire, si bien que cette vaste saga sera bientôt suivie d’une édition en format poche. Elle est la seule écrivaine de la région à avoir accompli un tel exploit. Une littérature grand public, très prisée, mêlant fresques historiques et aventures familiales.

 

Préoccupée par l’essor d’une relève littéraire, Anne-Michèle met sur pied, en 2001, le Prix littéraire jeunesse Télé-Québec. Pour souligner son soutien constant aux écrivains en herbe, la bourse décernée aux lauréats porte désormais le nom de Bourse Anne-Michèle-Lévesque. Anne-Michèle a été récipiendaire, en 2004, du Prix Hommage décerné par la Commission culturelle de Val-d’Or. Elle a longtemps rêvé d’une reconnaissance régionale, qui n’est jamais venue. Bouillonnante, hyperactive, aussi prolifique qu’inspirante, Anne-Michèle Lévesque s’est avérée une personnalité de premier ordre dans nos annales littéraires. Elle connaissait tous les secrets de l’amitié. Elle s’est éteinte le 3 juillet 2020, à Ashcroft, en Colombie-Britannique.

 

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