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Chroniques // Région intelligente

Dossier numérique

L’ÈRE DE LA COMMUNAUTIQUE

// Michel Desfossés - 5 nov. 2018

Numéro : Novembre 2018

 

photo : Rawpixel via unsplash

 

Nous sommes seuls. Seuls, d’une solitude organisée, systémique, numérique et portée au rang de symbole de l’accomplissement. Grosse réussite!

Et que dire du DIY, le Do it yourself  [Faites-le vous-même]? Qui ne connaît pas de nos jours ce concept abondamment alimenté et valorisé par des plateformes comme Pinterest. Après tout, si Steve Jobs et Steve Wozniak ont monté leurs premiers ordinateurs personnels dans un modeste garage de la banlieue californienne, c’est qu’ils les ont faits eux-mêmes. Raison moderne de célébrer la réussite individuelle; vive la jeune pousse (startup) conçue par le seul cerveau d’un candidat désireux de faire le palmarès des plus riches du magazine Forbes. Mais qui connaît le DIWO sait que l’avenir ne sera pas le triomphe de l’individualisme et sera pluriel : Do it with others [Faites-le avec les autres]!

DIWO. Un simple buzzword? Un mot-clic passager? Une tentation éphémère? Pas sûr. Il y a peut-être derrière le terme une tendance de fond en émergence. On renoue de temps en temps avec ce qui a fait le succès de l’humanité : la collaboration.

Dans les années 1980, le sociologue Ray Oldenburg a conçu l’idée que nous devions remettre en place un troisième lieu, un espace de mise en commun (les deux premiers lieux étant la maison et le milieu de travail). The great good place [Un endroit extraordinaire]. Pour lui, l’agora des Grecs anciens, le café des Français, le biergarten pub des Allemands et pourquoi pas, notre perron d’église, sont les creusets de la démocratie et un creuset social. Ces lieux que l’urbanisme mercantile et l’organisation du travail ont tenté de faire disparaître renaissent en grand nombre.

Curieusement, on doit en partie cette renaissance au développement d’Internet! Le web a permis de faire émerger plusieurs plateformes collaboratives et de créer une culture de cotravail. Manquait plus que ce mouvement se mute en l’idée de fabriquer ensemble des objets.

Justement, c’est en 2001 au Massachusetts Institute of Technology (MIT) que Neil Gershenfeld élabore le concept d’atelier de fabrication collaboratif (Fab Lab). Depuis, il essaime partout sur la planète. Dans ces lieux, les gens se rassemblent autour de grandes tables, d’ordinateurs et d’imprimantes 3D pour concevoir des produits nouveaux. Essentiellement, il s’agit de réapprendre à faire ensemble, et même en commettant des erreurs. Les ateliers de fabrication collaboratifs, de par leurs valeurs et leurs principes, pourraient être une des réponses pour entrer dans l’âge de la participation. Selon Fabien Eychenne, on retrouve dans les chartes de fondation de beaucoup d’ateliers de fabrication collaboratifs européens les termes « accès », « partage », « éducation » et « capitalisation des connaissances ».

D’autres lieux revendiquent déjà la capacité d’agir comme troisième vecteur social, notamment les bibliothèques publiques. Oui, les bibliothèques de nos villes attirent déjà l’autre. Lorsqu’ils débarquent chez nous, les nouveaux arrivants issus de cultures disposant de lieux de rassemblement (le café, la place du village, le baobab ou le souk) recherchent nos lieux de convergence sociale et découvrent que nos bibliothèques permettent le rapprochement des gens et des idées. D’ailleurs, ce sont possiblement ces nouveaux arrivants qui nous ramèneront, nous, les natifs d’ici, dans ces troisièmes lieux (c’est du moins la thèse de notre ancien premier ministre fédéral, Michael Ignatieff dans son bouquin The needs of Strangers).

Ainsi, une nouvelle science naît devant nos yeux. Appelons-la… la communautique.

 

EXCLUSIVITÉ WEB SIGNÉE FÉLIX B. DESFOSSÉS

 

« Nous sommes tous des enfants d'immigrés. Première, deuxième, troisième génération. Jeunesse française, jeunesse immigrée, jeunesse du monde entier... Solidarité! La jeunesse emmerde le Front national. »

 

Les paroles sont toutes simples. La décharge d'énergie est d'une puissance incomparable. Quand le mythique groupe punk Bérurier Noir a entonné ce refrain lors de son retour sur scène en 2003, une crise de l'immigration se faisait sentir en France. Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’intérieur sous le gouvernement Chirac, durcissait la loi française à l'égard des immigrants le 23 novembre de cette année-là. Bien que DIY à fond pour tout ce qui concerne la production et la création artistique, Bérurier Noir avait avant tout le bien commun et le progrès social en tête lorsque venait le temps de prendre la parole.

 

 

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