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Chroniques // Région intelligente

Chronique

L’innovation sociale, c’est aussi notre truc

// Michel Desfossés - 28 avril 2018

Numéro : Mai 2018

 

photo : Nong Vang via unsplash

 

Super beau petit cahier dans Le Devoir portant sur l’innovation sociale à la fin mars dernier. À lire absolument. On y sent bien que la vague bienfaisante du changement aborde les rivages de nos régions tourmentées par trois ans d’une austère tempête.

 

Ma métaphore d’ouverture est un peu ampoulée, j’en conviens, mais je la préfère à rester pognés avec « le retour dans les vallées verdoyantes d’une économie nouvelle et dynamique » prophétisé par notre premier ministre. Je pense que le changement et l’innovation passent par les citoyens et la société civile.

 

Allons-y un terme à la fois : « innovation » et « sociale ».

 

Si on s’en remet au sociologue Norbert Alter, « l’innovation est une destruction créatrice ». C’est vrai, pensez-y, c’est lorsqu’il y a crise que l’on parle de reconversion économique, lorsque rien ne va plus. Quand le diable est aux vaches, finalement.

 

Pittsburgh, malgré tout le bien que je pense de ses Steelers (équipe mythique du football américain avec Terry Bradshaw, Lynn Swann… bon, je m’égare), n’a plus rien à voir avec l’acier. Maganés par le déferlement de l’acier chinois vendu à un prix ridicule sur le marché américain, les hauts-fourneaux de Pittsburgh se sont éteints pour toujours.

 

La reconversion de Pittsburgh a été fulgurante. Les technologies de l’information (TIC) ont changé son visage. Même chose pour les technopôles de la route 128 en banlieue de Boston. Les 72 laboratoires du Massachusetts Institute of Technology (MIT) ont généré leur lot de nouvelles entreprises. Un succès bœuf.

 

Voilà pour l’innovation. Et le social maintenant?

 

Allez voir Braddock, en banlieue de Boston. La pauvre n’a pas été invitée au grand bingo de la reconversion aux TIC, personne n’a rempli sa carte. La pauvreté y sévit, exacerbée par le contraste grandissant avec les banlieues voisines, numériques et friquées. La reconversion a oublié Braddock et ses citoyens pauvres dans la chaîne de valeurs générée par les universitaires et les entrepreneurs.

 

L’innovation tient donc son caractère social de la mise en système territorial de tous les acteurs, entreprises, institutions, citoyens et société civile. Quand on prend le temps de mobiliser tout le capital socioterritorial d’un milieu donné, on s’oblige à innover et peut-être à adopter la vitesse la plus lente. Peut-être. Mais l’absence des acteurs sociaux peut annoncer une reconversion qui ne portera pas des fruits à long terme.

 

Norbert Alter, encore : « La nouveauté, pour “prendre”, ne doit pas être en surplomb par rapport aux pratiques sociales. Elle doit faire l’objet d’une appropriation. »

 

Les acteurs de notre région sont-ils prêts à collaborer entre eux pour créer l’innovation sociale? Votre réponse vaut bien la mienne. Moi je pense qu’on sort d’une époque où la simple idée d’asseoir des entreprises avec les autres acteurs de la société civile constituait un risque de conflit d’intérêts flagrant. Il faut en revenir, car les entreprises d’aujourd’hui ont appris qu’elles avaient une responsabilité sociale et environnementale (RSE). La plupart assument.

 

Mais si on laisse les entrepreneurs seuls pour imaginer la suite, ils innoveront avec leurs partenaires naturels, formant ainsi une société d’adoration mutuelle qui ne nous mènera pas vers des changements durables. Il faut donc que toutes les épaules, y compris celles des citoyens, se mettent à la roue.

 

Mais s’il n’y a pas une crise qui agit comme déclencheur d’un processus de reconversion, est-ce que l’innovation sociale aura lieu? Est-il vraiment nécessaire d’en arriver là pour s’y mettre? J’espère que non. Il y a suffisamment d’enjeux chez nous qui méritent qu’on y œuvre avec une approche innovante et inclusive avant que ça nous pète en pleine face.

 

Jetez donc un coup d’œil aux statistiques de migration publiées par l’Observatoire de l’Abitibi-Témiscamingue, vous verrez des données préoccupantes sur certains territoires et sur l’exode de certaines couches de population.

 

En tout cas, dans mon village de Staint-Ignace-de-l’Utopie, on travaille fort avec notre capital socioterritorial et sur notre chaîne de valeurs, pis toute là.

 

CONTENU AUGMENTÉ

Une gracieuseté de notre DJ en résidence Félix B. Desfossés.

 

Le père du folk américain, Woody Guthrie, chantait « This land is my land, this land is your land, this land was made for you and me » (traduction libre : « Cette terre est ma terre, cette terre est votre terre, cette terre a été faite pour vous et moi »).

 

En période de dépression, il proposait à son peuple de s'approprier son territoire. Homme progressiste, résolument anti-fasciste, il suggérait entre les lignes que cette appropriation passe par l'innovation sociale avec pour objectif la liberté.

 

« Nobody living can ever stop me,
As I go walking that freedom highway;

Nobody living can ever make me turn back,

This land was made for you and me. »

 

Traduction libre :
« Personne ne pourra jamais m’arrêter,

Car je marche la route de la liberté;

Personne ne pourra me faire retourner,

Cette terre est faite pour toi (vous) et moi. »

 

 

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