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Chroniques // Humeur

Chronique Humeur

Vision automnale

// Philippe Marquis - 7 oct. 2015

Numéro : Octobre 2015

 

 

Imaginez-vous en pleine nature. La journée est tiède malgré la gelée de la dernière nuit. Vous vous laissez doucement bercer à la branche d’un arbre. Votre soleil, qui se découvre souvent malgré le ciel gris, est à son zénith. Un vent d’octobre souffle les dernières braises estivales. L’air est humide, il a l’odeur d’un échange amoureux… entre l’été et l’hiver. Le temps est bon.

 

Imaginez-vous être une feuille… Vous goûtez aux rayons qui vous caressent à l’occasion. Le nordet rythme les lents mouvements de votre esprit qui va et vient. Vous êtes ici, quelque part, et faites partie d’une extraordinaire créature. Elle semble presque sans début ni fin. Tant et tant que vous n’arrivez pas à saisir toutes ses dimensions. 

 

La palette des couleurs automnales s’égaye joyeusement : jaune, rouge, vert, brun, violet, et toutes leurs nuances animent le tableau mouvant dont vous êtes. Les feuilles bruissent par milliards dans une symphonie improvisée. Celle-ci s’accorde à la musique d’une foule d’entités animées par la vie, mais sa portée diffère d’un être à l’autre. Ainsi les insectes, les oiseaux nicheurs ou voyageurs, les marsupiaux et végétaux présents sont tous de cette fanfare sans nom, chacun à sa façon. Et notre arbre, mis en scène à coup de millions et de millions d’automnes, traverse un éternel plan-séquence donnant sur une harmonie de sens. Imaginez-vous être…

 

Certaines feuilles profitent de plus de lumière que d’autres, mais elles fournissent ainsi plus d’énergie à l’ensemble se préparant aux grands froids. L’unité dépend de ce tout, à la fois fragile et puissant. Cette époque de gelées nocturnes, de frimas matinaux et de pluies froides fait lâcher prise à nombre de vos semblables. Elles rejoignent le sol, les unes après les autres, parfois à coup de centaines, sinon de milliers. C’est ainsi qu’elles s’ajouteront au terreau qui verdira le printemps, tout comme vous au moment venu.

 

Les racines, qu’on ne remarque presque pas, sont plongées dans l’histoire de ces innombrables feuilles mortes qui nourrissent l’avenir. Elles sont agrippées à l’eau, au sol, au présent… au réel. Enfoncées aussi profondément que possible, déployées en millions de radicelles, abreuvées de tous les récits de la terre, de toute la mémoire qui abrite notre assise. Ce sont là toutes les histoires dont est faite la nôtre.

 

Il est beau cet ensemble de vie qui poursuit notre curieux voyage…

 

Et dire qu’il y a des gens pour affirmer qu’on devrait se couper des êtres « du bas » de même que tous ceux qui, pour ces mêmes gens, ne profiteraient pas au « système ». Car il est de ces intérêts privés, ignorants de l’ensemble dont ils sont, qui voudraient le soleil, la terre et l’eau uniquement pour eux… Ça ne fera pas un arbre fort…

 

Pour ma part, je préfère qu’on passe l’automne tous ensemble dans notre nature! Il sera ainsi bien plus beau et chaud. C’est ce que je peux imaginer de plus beau pour nous! \\

 

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