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Chroniques // Littérature

Parution du dernier titre d’Anne-Michèle Lévesque

Les enfants d’un roman-fleuve

// Francesca Bénédict - 1 déc. 2009

Numéro : Décembre 2009 / Janvier 2010

 

Lévesque, Anne-Michèle, Les Enfants de Roches-Noires, Ceux du fleuve, Montréal : Hurtubise, 2009, 305 p.

 

 


« Ces affaires-là, t’as beau y croire en pensée, quand
ça arrive dans ta cour, c’est pas pareil. » (p.131)

 

Le 22 octobre dernier, parmi quelques amateurs et amis, Anne-Michèle Lévesque lançait ses deux derniers titres : un livre pour adulte, celui dont il s’agit ici, ainsi qu’un livre pour enfant (Dragons.com, les éditions Z’Ailées). Cette Valdorienne, exposée à la lecture à la maison dès son enfance, ne s’essaie à la littérature que plus avant dans la vie. En 1987, elle gagne le Prix littéraire de l’Abitibi-Témiscamingue et elle commence à publier dès 1992. Femme aux talents littéraires multiples, sa  bibliographie allie des œuvres pour les jeunes, des haïkus, des recueils de nouvelles, des romans et des romans policiers (dont le plus récent, paru l’an dernier et écrit avec Gilles Massicotte, s’intitule Crapules et Cie). Elle n’hésite pas à s’associer des personnes possédant des connaissances plus spécialisées que les siennes, tout comme à soutenir de jeunes auteurs. Très impliquée dans le milieu littéraire de l’Abitibi- Témiscamingue, elle est membre du Conseil de  la culture et du Cercle des écrivains. En 2001, elle fonde le Prix littéraire jeunesse Télé-Québec afin d’encourager la relève.

Les Enfants de Roches-Noires,
Ceux du fleuve s’appuie sur de minutieuses recherches historiques, plus précisément sur les éphémérides de 1904 à 2004 (certains aspects de l’époque Duplessis, le feu de Rimouski en 1950, par exemple, participent à l’histoire), ainsi que sur des recherches linguistiques, présentes particulièrement par certaines expressions du Bas du fleuve,  d’où vient le père de l’auteure. L’histoire devient alors fort réaliste, aspect renforcé par la présence de personnes réelles de Val-d’Or (certaines sous leur vrai nom, d’autres pas), même si le roman se passe dans le Bas du fleuve.

Dans la vie de Rose-Délima
L’histoire nous présente une femme simple dont on suit les périples. Cela permet de poser un regard sur le monde d’une femme qui se marie en 1929, qui s’occupe de sa famille nombreuse et qui compose avec un mari bagarreur souffrant d’un penchant pour la boisson.

Il faut avoir connu de près l’eau pour pouvoir décrire l’embrun, les vagues, l’odeur du sel, mais aussi cette vie qui se déroule au rythme des marées. C’est le cas de Rose-Délima, personnage principal et narratrice. Le personnage nous rappelle que la vie est faite de petits événements : les morts, les naissances, les petites querelles entre voisins, les joies et les déceptions.  Mais alors, pourquoi s’intéresser à quelqu’un qui a vécu à une autre époque ? Parce qu’à l’ère de la « globalisation » et de la « mondialisation », les relations humaines nous fascinent. Et ici, la narratrice nous offre, en plus, un pan de la vie au Québec durant le vingtième siècle.

Rose-Délima réfléchit. Au-delà de ses inquiétudes pour ses enfants concernant leur sécurité et leur santé, elle aborde le rapport à la différence en présentant l’opposition entre les gens qui vivent du fleuve et ceux qui vivent de la terre, mais ce différend ne sera jamais expliqué parce qu’il laisse la narratrice perplexe. Elle se questionne aussi sur l’influence des croyances populaires et du curé sur le quotidien. Les superstitions sont très présentes dans cette histoire : le chien qui annonce la mort (mais seuls ceux qui seront affectés l’entendent, même si ce n’est pas tous ceux qui seront affectés qui l’entendent) ; le don du septième né ; les légendes (par exemple l’Empress of Ireland). La narratrice oppose le bon sens à ces superstitions aussi bien qu’aux paroles du curé, même si, vers la fin de sa vie, elle « parle » avec « ses morts ».

Une langue d’ici
La narratrice n’est pas très instruite, le récit se fait dans sa voix, son vocabulaire, et est écrit « comme on parle », et c’est un peu là que le bât blesse : ce style fait pour être parlé peut parfois être un peu lourd à lire. Pourtant cette femme simple reste attachante.

Le texte présente, malgré le langage, une qualité quasi universelle qui passe par le regard du personnage principal vieillissant : tous ceux qui ont connu la vie dans un petit village, qui ont commencé à ne plus voir l’avenir comme une époque lointaine ou qui ont humé la mer se retrouveront dans cette histoire d’une vie.

Une suite logique
Premier de trois volumes (on imagine), le livre se termine sur la fête du centenaire de Rose-Délima. Le deuxième volume, qui racontera l’histoire de « Ceux de la terre » (déjà bien amorcé, paraît-il), se passerait  après la Deuxième Guerre mondiale, aux dires de l’auteure.


 

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