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Éditorial

Cette part immatérielle de nous-même

// Ariane Ouellet - 30 avril 2015

Numéro : Mai 2015

 

Ariane Ouellet, rédactrice en chef de l'Indice bohémien
photo : Courtoisie

 

L’heure est venue pour moi de signer mon dernier éditorial en tant que rédactrice en chef de l’Indice bohémien. Les sujets dont j’aimerais vous parler sont trop nombreux. J’aimerais continuer de vous parler d’environnement, de développement collectif et de solidarité. Des femmes et des autochtones. Mais comme l’Indice bohémien est avant tout un journal culturel, et parce que je suis avant tout une artiste, je vais vous parler de culture. Et de politique.

 

La culture se cache dans la moindre façon que nous avons de concevoir le monde. Parmi ses manifestations, il y a la langue, il y a notre mode de pensée, nos valeurs communes mais aussi nos structures sociales, construites selon une vision du monde qui nous est propre. Et il y a l’art, cette merveilleuse utopie.

 

Il semblerait que dans les dernières années, une préoccupation grandissante à l’endroit de l’économie nous fasse perdre de vue que l’être humain ne peut se résumer à un simple exercice comptable. Sociologiquement, il est essentiel de s’interroger sur les raisons pour lesquelles l’humain a inventé la religion, ou le sport. Vous ne voyez pas le lien? Pourtant il est là. L’humain a besoin de donner un sens à sa vie, il a besoin de se projeter dans l’imaginaire, puisqu’il en est doté. Il a besoin de sublimer sa condition d’être mortel. La religion, parfois, peut répondre à cette aspiration profonde, tout comme le sport de haut niveau, quand on s’exalte devant la performance d’un athlète olympique à qui l’on confère un statut de demi-dieu. À peu de choses près, l’art détient la même fonction, celle de nous élever. Les canaux sont tout simplement différents.

Le sport semble faire un certain consensus social parce qu’à priori, le sport, c’est bon pour la santé. Et le show-business, comme le hockey, c’est bon pour le tourisme. Est-ce pour cette raison qu’on ne s’indigne pas devant les millions d’investissement public nécessaire à la construction d’un Centre Vidéotron alors qu’il n’y a même pas d’équipe professionnelle pour le rentabiliser? Peut-être.

 

La culture, elle, souffre d’un financement anémique qui se détériore d’un mandat et d’un gouvernement à l’autre. Pourtant, des sommes importantes sont investies dans les infrastructures mais de moins en moins le sont dans le soutien à la création. Bref, dans le soutien aux artistes eux-mêmes. Pourtant, l’art aussi, c’est bon pour la santé. Mentale, peut-être, mais santé quand même. Et je ne parle pas de celle des artistes mais bien de la population générale qui, selon un sondage de Patrimoine canadien, estime à 90 % que l’art et la culture font de leur milieu un meilleur endroit où vivre. J’ajouterais que l’équation est encore plus vraie quand les artistes habitent et investissent leur communauté, qu’ils offrent un art « de proximité ».

 

Je trouve donc étonnant que l’on s’entende sur les bienfaits de l’art et de la culture mais qu’on perde si facilement de vue que, comme bien d’autres secteurs, il a besoin d’un financement adéquat pour se développer.

 

Peut-on justifier que des magazines au contenu « culturel » questionnable détenus par des médias de masse comme le 7 jours reçoivent de Patrimoine canadien une subvention de 1,4 millions, et de 627 523 $ pour Échos vedettes,alorsque des initiatives comme les Éditions du Quartz, en Abitibi-Témiscamingue, ne reçoivent aucune aide financière du fédéral malgré leur constance et la qualité de leurs publications? À quelques semaines du Salon du livre de l’Abitibi-Témiscamingue, difficile de ne pas s’inquiéter du sort de nos organismes culturels et de nos créateurs. Difficile de ne pas questionner les idéologies qui se cachent derrière ces choix de nos décideurs.

 

La culture a besoin d’être défendue et protégée car elle est non seulement un levier économique important pour les régions et le Québec, mais elle est avant tout un facteur de cohésion sociale, de fierté, un véhicule identitaire vivant et inclusif. Et la culture passe aussi par une pratique artistique valorisée et soutenue financièrement. C’est ainsi que l’Indice bohémien aura toujours du pain sur la planche et que vous, chers lecteurs, aurez toujours un rendez-vous quelque part avec cette part immatérielle de vous-même!

 

Je passe maintenant le flambeau de la rédaction et je reprends mes pinceaux. Ce fut un plaisir d’écrire pour vous et de recevoir vos commentaires.

 

 

 

 

 

 

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