MÔ DUCLOS

En Abitibi-Témiscamingue, l’immensité de l’horizon a toujours été synonyme de liberté. Pourtant, depuis quelques années, ce même horizon semble peser aussi lourd qu’un voyage de gravier. Entre la poussière de mine qui s’invite sur le lavage étendu sur la corde et les titres apocalyptiques des journaux, un invité non désiré s’installe dans nos salons : l’écoanxiété. Ce n’est pas une maladie, mais une réaction lucide; un vertige existentiel devant l’ampleur des défis mondiaux et la minceur apparente de nos bras pour y répondre.

Le piège de ce vertige, c’est la paralysie. On se retrouve seul devant son bac bleu, avec l’impression absurde de tenter de vider un lac pollué à la petite cuillère pendant qu’un barrage cède plus loin. On finit par se demander si notre paille en carton va vraiment sauver les tortues ou si on ne fait que pelleter des nuages dans un vent de face. Ce sentiment d’impuissance est le terreau du cynisme. À quoi bon composter ses pelures de carottes si le système global semble rouler à contresens sur la 117? L’écoanxiété devient alors un fardeau solitaire qui nous enferme dans une culpabilité aussi stérile qu’un vieux champ de résidus miniers.

Pourtant, le remède au désespoir n’est pas de devenir un saint de l’écologie du jour au lendemain, mais bien de miser sur la contagion de l’action collective. L’anxiété diminue radicalement dès qu’on fait part de ses craintes avec un voisin autour d’une clôture, d’un café ou d’une pinte bien froide. Dans la région, on a cette culture du coup de main tatouée sur le cœur. Passer du « je » au « nous » change tout : on ne porte plus le monde sur ses seules épaules, on pousse une roue commune avec une gang de patenteux motivés qui refusent de baisser les bras.

L’action concrète dans notre milieu est l’antidote ultime. S’impliquer pour protéger un esker ou jardiner avec le quartier ne sont pas que des gestes verts : ce sont des thérapies gratuites pour l’âme.En agissant ici, entre deux rangs de la colonisation, on redonne un visage humain à des enjeux qui nous dépassent. On troque une peur diffuse contre une fierté tangible : celle de voir le résultat de nos mains sur notre propre coin de pays, que ce soit en sauvant une bande riveraine ou en organisant du troc de vêtements.

Il faut aussi apprendre à fêter nos victoires, même les petites. Si on attend que la planète entière soit sauvée pour déboucher une bouteille, on risque d’avoir la gorge sèche pour les quarante prochaines années. Chaque projet réussi, chaque initiative citoyenne qui prend racine dans nos municipalités est une preuve que le changement est possible.

L’espoir n’est pas un sentiment passif qu’on attend assis sur son balcon en espérant un miracle; c’est un muscle qu’on entraîne à force de se retrousser les manches ensemble.

Nous sommes des gens de territoire, habitués à ce que le moteur tousse par -40 °C et à ce que la météo nous joue des tours. Cette résilience est dans notre ADN. Plutôt que de rester les spectateurs anxieux d’un avenir incertain, soyons des acteurs imparfaits, mais résolument debout. Sortez de chez vous, allez là où ça bouge, là où on répare, là où on sème. C’est dans ces petits cercles de voisinage, loin des grands discours mondiaux, que se dessine la véritable force de notre région.

La meilleure façon de prédire l’avenir, c’est encore de le construire ensemble, un geste (et une blague) à la fois.

En résumé : moins de stress, plus de mains à la pâte et d’épaules à la roue.


Auteur/trice