DOMINIQUE ROY, EN COLLABORATION AVEC TOURISME ABITIBI-TÉMISCAMINGUE

Au cœur du domaine Trudel, à La Sarre, s’épanouit une véritable oasis maraîchère, la ferme Écobourgeons. Fondée en 2019 par Vincent Fluet, passionné de production maraîchère sur petite surface, cette ferme urbaine ne cesse de surprendre.

Écobourgeons a produit sans relâche de 2020 à 2024. L’été 2025 a toutefois marqué une pause nécessaire pour son propriétaire, qui souhaitait se consacrer à sa famille et repenser l’avenir de son entreprise. « La ferme reprend maintenant du service en 2026 avec une vision renouvelée, celle de nourrir la communauté, certes, mais en priorisant la santé globale des humains qui gravitent autour de ce projet », explique-t-il.

UNE IDÉE NÉE D’UN ACCIDENT ET D’UNE VOCATION

Cette idée de ferme urbaine germait chez Vincent Fluet depuis ses études en agroéconomie à l’Université Laval, terminées en 2015. Au fil des ans, des formations, des lectures et des expériences professionnelles ont nourri son désir de cultiver efficacement une petite surface. C’est toutefois un grave accident de voiture qui a agi comme déclencheur pour lancer ce projet qui colle à ses valeurs et qu’il qualifie « d’un peu fou ».

UN PROJET QUI A FAÇONNÉ LA RÉGLEMENTATION

Lorsque Vincent Fluet présente son idée à la Ville de La Sarre, l’agriculture urbaine commerciale n’est pas encore permise. Après quelques démarches, on lui demande de vérifier l’acceptabilité sociale auprès du voisinage, de produire un croquis détaillé des installations et de présenter son dossier au caucus municipal. Quelques mois plus tard, un nouveau règlement permettant ce type de production voit le jour. En visitant les lieux, les élus constatent que les installations sont loin de dénaturer le paysage; cette verdure luxuriante l’embellit. « C’est toute la beauté des petits milieux. Dans une plus grande municipalité, j’ai le sentiment que j’aurais probablement eu un processus beaucoup plus long et complexe à traverser », précise-t-il.

UN MODÈLE INTENSIF, DURABLE ET INGÉNIEUX

En 2024, Écobourgeons exploitait 32 000 pi² répartis sur 2 sites. Cette année, la production se concentrera sur 8 000 pi², dont 2 725 pi² de serre. Malgré l’espace restreint, la diversité est remarquable : plus de 30 variétés de légumes et fines herbes allant des tomates charnues au curcuma, des laitues mini au fenouil, en passant par une imposante sélection d’aromates.

Les installations de l’entreprise sont efficaces : deux serres chauffées et automatisées, deux chambres froides et une salle de démarrage sous lampes. La production s’étire de janvier à octobre, soutenue dès mai par une employée saisonnière.

Les plus grandes fiertés de Vincent Fluet? D’abord, de nourrir la population locale avec une abondance de légumes « dans un lieu qui serait délaissé au profit de la pelouse, une culture qui, en contexte urbain, ne sert à rien d’autre qu’à marcher dessus ». Ensuite d’avoir fait le choix de pratiques durables : en 2024, la ferme a vendu pour 88 000 $ de légumes tout en n’utilisant que 50 livres de propane et 39 litres d’essence, un bilan carbone exceptionnel.

La moitié de la production est distribuée via des paniers de légumes, l’autre moitié est vendue directement aux citoyens, notamment dans le stationnement de La Vache à Maillotte et au Marché public de La Sarre.

D’AUTRES PROJETS QUI GERMENT

Les prochaines années seront consacrées à améliorer l’efficacité énergétique des serres, à acquérir une remorque réfrigérée pour optimiser la mise en marché et à tester des cultures combinées, comme les champignons en serre ou les fraises en gouttières.

Voilà donc que d’autres bourgeons s’apprêtent à éclore dans ce laboratoire vivant, moteur communautaire et symbole d’un avenir agricole plus humain et durable.


Auteur/trice

Originaire du Témiscamingue, Dominique Roy est enseignante au secondaire depuis 1999. Elle complète actuellement une maîtrise en éducation spécialisée en formation à distance. Sa grande passion : la langue française. Ses passe-temps préférés : lire et écrire. D’ailleurs, elle rédige des articles à la pige pour quelques journaux et magazines depuis plusieurs années en plus de conceptualiser, rédiger et réviser des ressources pédagogiques. Son premier article pour L’Indice bohémien, elle l’a écrit en octobre 2011, et cette collaboration perdure depuis tout ce temps.