JOANIE DUVAL
Le 5 février dernier, l’auteur-compositeur-interprète Gylles Légaré, membre fondateur du groupe En Portage à la fin des années 1970, a lancé l’album Poursuivances, un cadeau pour lui et pour les personnes ayant vécu l’époque de l’émergence du groupe. J’ai rencontré Gylles Légaré et ses complices de longue date, la veille du lancement.
UNE CAPSULE TEMPORELLE
Je pourrais décrire cette discussion comme l’ouverture d’une capsule temporelle d’où sortent rires et complicité. Avec Gylles, j’ai rencontré Louis Kirouac, également auteur-compositeur-interprète et membre fondateur d’En Portage, Luce Chartier, « la fille du groupe » et choriste, ainsi que Michel Desfossés, qui s’occupait de « l’aspect hors scène du développement » du groupe. Des amis d’enfance qui se sont connus dans le mouvement scout il y a plus de 50 ans. C’est là également que Gylles et Louis ont commencé à jouer de la guitare et à composer des chansons.
Avec eux se trouvait Michel Massicotte, animateur socioculturel au cégep à l’époque et qui a grandement contribué au succès du groupe. On le qualifie de « courroie d’entraînement ». Il a facilité l’émergence du groupe en lui prêtant des salles, en l’engageant et même en s’occupant de la technique de scène. « Il y avait comme une éclosion de talents à cette époque-là. Je trouve que présentement, on vit le même type d’éclosion. J’étais nouveau dans ce travail (animateur socioculturel) en 1975. Au niveau culturel au cégep, il y avait peu de choses de développées. On a rendu accessible des choses. Mon objectif c’était de faire venir de la culture intéressante. J’étais là comme facilitateur », s’est-il remémoré.
L’EFFERVESCENCE
Le groupe En Portage est né à l’apogée de l’effervescence des boîtes à chansons, sur fond d’indépendance, qu’on retrouvait partout à travers la province. C’est dans cette ambiance qu’a émergé le spectacle Le père Gauthier d’où sont tirées les chansons de l’album Poursuivances. C’était un spectacle concept qui racontait la vie « à Rouyn Sud, dans un petit quartier ouvrier qui mange de la boucane à tour de bras ». Gylles a toutefois quitté le groupe avant la tournée du spectacle, remplacé par Yves Savard. Les chansons n’ont jamais été enregistrées avant aujourd’hui.
« Aujourd’hui, on fait des albums et on espère jouer. Dans ce temps-là, on jouait et on espérait faire un album. C’est complètement à l’envers, mais c’est vrai, parce qu’on pouvait jouer partout. Juste ici à Rouyn-Noranda, il y avait La Québécoise, Bavarois, La Rencontre, le Chat noir, il y en avait plein des boîtes à chansons », a expliqué Gylles.
POURSUIVANCES
« En 2006, je rêvais de refaire des chansons d’En Portage, mais avec tous les membres qui ont participé au groupe et c’est ce qu’on a fait, trois soirs au Cabaret de la dernière chance à guichets fermés. Ce que j’ai entendu ce soir-là c’est : “Mon Dieu, vous n’avez pas un album, vous n’avez pas quelque chose à écouter.” Je me disais un jour que j’aimerais ça… être capable de les graver pour que les chansons poursuivent leur chemin. C’est de là que vient le titre de l’album, Poursuivances. J’ai pris sur moi de reprendre de vieilles tounes que j’avais écrites, de les retravailler et de demander à tous les membres de participer à l’enregistrement » a raconté Gylles.
Qu’est-ce que ça représente, de revisiter ses chansons 50 ans plus tard? « Un effort de mémoire », a répondu Michel Desfossés, rieur, tandis que Luce a parlé « d’une belle rencontre d’amis en premier ».
« Chaque chanson, si elle peut voyager, bien pour moi c’est mission accomplie », a souhaité pour sa part Gylles Légaré. L’album Poursuivances offre en effet un voyage dans l’univers acoustique de Gylles qui a su rassembler sa bande d’amis, le temps de huit chansons.