MAJED BEN HARIZ
Les différentes disciplines artistiques entretiennent une étroite relation avec la nature et l’environnement. La peinture et la sculpture en ont mis en valeur les beautés en plus d’en exploiter les ressources symboliques. L’industrialisation du monde moderne laisse entrevoir plusieurs impacts environnementaux et climatiques irréversibles. Aujourd’hui, on assiste à une mobilisation du monde artistique et à une prise de conscience envers les dangers qui menacent la vie des générations futures. Cette relation entre l’écologie et l’art est prépondérante depuis les années 1960. Plusieurs courants se sont construits autour de la question environnementale.
Dans les dernières années, les préoccupations environnementales se sont taillé une place enviable tant dans les discours que dans les pratiques artistiques. La recherche d’une création écoresponsable ainsi que la sensibilisation du public sont devenues récurrentes. Dans ce contexte, Émilie B. Côté, artiste témiscamienne en arts visuels, pense que « l’art est une façon de résister. C’est une façon de parler sans moraliser, une façon de dénoncer sans prendre une position politique ».
Le Témiscamingue est un territoire naturel par excellence, il se définit par une dualité fascinante entre une nature sauvage et foisonnante ainsi que des paysages agricoles bucoliques. L’alternance de milliers de plans d’eau, dont le majestueux lac Témiscamingue, et une végétation diversifiée constituent un cadre témiscamien fabuleux qui inspire les artistes. Francine Plante Pokio, artiste multidisciplinaire témiscamienne, précise dans Histoires de chez nous (2018) : « Dans un cadre semblable, la création est facile. C’est le cadre privilégié pour entrer en contact direct avec nos valeurs profondes. La nature avec tout ce qu’elle a de fragile et de fort à la fois se déploie ou se referme dans une intimité profonde. »
Les artistes du Témiscamingue sont conscients de la problématique environnementale. Plusieurs choisissent de montrer leur engagement à travers des représentations objectives. À l’été 2025 s’est déroulée la première biennale FORÊT; un événement qui a permis à des artistes de disciplines diverses d’exposer leurs œuvres et d’animer des ateliers artistiques destinés à toute la population. La biennale avait notamment pour objectif de sensibiliser le public – jeunes, grand public, acteurs et leaders de l’écologie, entreprises, pouvoirs publics – aux enjeux sociaux et environnementaux. Le but était également de réunir les gens autour d’une manifestation artistique et culturelle, de nourrir les consciences, d’éveiller leur responsabilité sociétale et de les inciter à s’engager.
Aujourd’hui, l’art paraît comme un vecteur novateur et d’incitation aux changements écologiques. « L’art peut dénoncer les effets négatifs que les humains ont contre la nature. Le visuel est très puissant et difficile d’ignorer quand c’est présenté devant nos yeux », affirme l’artiste multidisciplinaire Carol Kruger. Comme elle, les artistes témiscamiens ont généralement conscience du problème et essaient de minimiser l’usage des matériaux d’origine chimique et de les remplacer par des matériaux recyclables et écologiques.
« J’ai déjà utilisé des supports recyclés pour mes œuvres; une vieille porte, la toile d’une housse de bateau déchiré… On économise et c’est meilleur pour l’environnement », précise Carol Kruger.