Nathalie Faucher, Vice-présidente, Société d’histoire et de généalogie de Val-d’Or
On dit souvent que la cuisine est le cœur d’une maison, mais pour de nombreuses générations de femmes, c’était surtout leur quartier général. Retour sur une époque où la résilience et la transmission se mesuraient à la chaleur du poêle à bois et à la force des complicités féminines.
Cette photo n’est pas qu’un simple souvenir de famille. C’est un cliché qui résume toute une époque pour les femmes d’ici. En ce mois de mars où l’on souligne leur apport à la société, il est intéressant de regarder comment cette contribution s’exprimait concrètement. À une période où l’accès à l’espace public était encore largement restreint aux femmes, la cuisine devenait un territoire de maîtrise absolue. Ici, elles étaient les ingénieures du quotidien.

L’HISTOIRE AVEC UN PETIT « H »
On parle souvent de l’histoire avec un grand « H » en citant des dates et des politiciens. Pourtant, l’histoire de notre région s’est aussi écrite dans l’effervescence de ces cuisines. Sans cette logistique domestique, le développement de nos villes aurait été impossible. Les femmes assuraient la stabilité et la cohésion sociale pendant que les hommes étaient à la mine ou en forêt.
La cuisine était un lieu central. C’est là que se prenaient les décisions importantes pour le budget et que circulaient les nouvelles. En cuisinant, on apprenait aux plus jeunes non seulement à préparer les aliments, mais aussi à s’organiser, à économiser et à recevoir. Ce sont ces apprentissages, transmis de génération en génération, qui ont permis aux familles de traverser les périodes plus rudes.
UN HÉRITAGE DE BÂTISSEUSES
Aujourd’hui, alors que nous célébrons le parcours des femmes vers l’égalité, il est crucial de ne pas regarder ces scènes avec condescendance. Nos ancêtres n’étaient pas « que » des ménagères; elles étaient les piliers d’une économie souvent invisible et les architectes du tissu social.
Honorer leur mémoire, c’est reconnaître que leur contribution ne se limite pas aux grandes manifestations de rue. Elle s’est construite dans la chaleur des foyers. Les femmes nous ont légué bien plus que des recettes : elles nous ont transmis le sens du partage et l’importance de se tenir les coudes face à l’adversité. Derrière chaque plat déposé sur la table se cachait une volonté de fer de maintenir la famille et la culture debout.
Quand on regarde cette photo aujourd’hui, on doit y voir de l’amour et de la résilience. L’héritage de ces femmes ne se trouve pas dans des monuments, mais dans la force de caractère et le sens de la communauté qu’elles ont insufflés à leur descendance. D’ailleurs, ce n’est pas pour rien que nos meilleurs souvenirs d’enfance sont souvent rattachés à l’odeur d’un plat traditionnel qui mijote. Il n’y a rien de scientifique là-dedans, c’est ma simple constatation, mais encore aujourd’hui, peu importe la taille de la maison, on finit toujours par se retrouver dans la cuisine durant nos fêtes de famille. C’est le signe que l’esprit de ces femmes et la chaleur de leur accueil habitent encore nos foyers. À nous de le perpétuer.