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Chroniques // L'anachronique

CHRONIQUE

« Un monde à coucher dehors »

// Philippe Marquis - 25 févr. 2020

Numéro : Mars 2020

 

photo : John Tuesday (unsplash)

 

Mon grand-père lançait ces mots parfois, avec un air de découragement. Alors, s’il avait à se loger aujourd’hui, Raoul Dufour aurait de quoi sacrer : trop rares, trop chers. En fait, peut-être aurait-il assez d’argent pour payer un loyer, mais il chaufferait son appartement au minimum et économiserait sur la nourriture. Il aurait besoin d’être soutenu, c’est certain. Et ça, c’est seulement s’il se trouvait un logement.

 

Beaucoup de gens vivent ça dans la région. La Table d’action contre la pauvreté d’Abitibi-Témiscamingue évalue que 3 422 personnes fréquentent les banques alimentaires, juste à Rouyn‑Noranda et Val‑d’Or[1]. Les gens âgés, ceux qui ont la santé mentale fragile, les assistés sociaux, les étudiantes et étudiants, les personnes au salaire minimum ont du mal à payer leur loyer.

 

On considère que pour « arriver », un ménage doit consacrer un quart de son revenu ou moins pour se loger. En 2016, plus de 4 100 ménages payaient plus du tiers de leur revenu pour se loger (juste à Rouyn-Noranda, Val-d’Or et Amos)[2]. On n’en parle pas souvent, on s’y est habitué, à la crise…

 

Le Citoyen a publié un article en décembre dernier sur le sujet… à la page 18[3]. Pourtant, se loger est un droit. Pourtant, on a besoin de main d’œuvre qui aura besoin d’un toit. Pourtant, il n’y a jamais eu autant d’argent qui roule dans notre région. Alors pourquoi tant de gens s’appauvrissent-ils pour se loger? Comment se fait-il que ce besoin essentiel ne soit pas comblé?

 

Parce que plusieurs exploitent la situation pour s’en mettre plein les poches. Il n’y a jamais eu tant de loyers contrôlés par si peu de monde dans nos villes. Parce qu’aussi, les locataires, ici, représentent moins du tiers de la population. Parce que depuis quarante ans, les gouvernements du Canada et du Québec ont coupé dans les budgets du logement social, le genre de logement qui donne une chance aux moins nantis. Ça devrait être ça vivre en société : s’épauler les uns les autres. Plus maintenant… Parce qu’aussi, les élus, de tous les niveaux sont propriétaires en très grande majorité. Dans la région, la seule ville qui a investi pour la peine dans le logement social est Val-d’Or, et encore, pas suffisamment.

 

Des condominiums en voulez-vous? De beaux 4 et demi neufs à 1 000 $ ou plus par mois, ça vous tente? Ça n’a pas d’allure. J’invite toute la population à être solidaire des locataires et à exiger des élus qu’ils travaillent à mieux nous loger. Car si on peut demander aux gouvernements supérieurs d’investir dans un complexe aquatique ou permettre d’agrandir les camps de chasse, on devrait d’abord bien loger les citoyens. À moins qu’on préfère voir le monde coucher dehors…

 


 

[1] Table d’action contre la pauvreté d’A-T (décembre 2019), Les banques alimentaires de l’Abitibi-Témiscamingue.

[2] Observatoire de l’Abitibi-Témiscamingue (juin 2018), « Part des ménages locataires consacrant 30 %, 50 % et 80 % et plus de leur revenu au logement, Amos, Rouyn-Noranda, Val-d’Or et ensemble du Québec, 2016 ».

[3] De Noncourt, T. (11 décembre 2019), « Près de 4000 ménages sont mal logés en région », Le Citoyen Rouyn-Noranda La Sarre, p.18.

 

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