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Chroniques // Région intelligente

CHRONIQUE

L'écho-responsabilité

// Michel Desfossés - 25 sept. 2019

Numéro : Octobre 2019

 

photo : Jon Tyson (unsplash)

 

Pas une faute de frappe ou l’effet d’une correction automatique. Nous parlons bien ici d’écho-responsabilité, avec un petit h.

 

C’est ma blonde qui me pokait avec ça l’autre matin : Pourquoi ne devrions-nous pas agir avec la même rigueur pour ce que l’on écrit sur les médias sociaux que pour ce que l’on mange? Que pour les biens que l’on consomme?

 

Silence étonné de ma part.

 

« Des calories vides! », ajoute-t-elle. C’est ce que l’on ingère trop souvent sur les plateformes sociales. On se nourrit de ça compulsivement et deux heures plus tard on a encore faim. Et on partage ces mêmes informations à notre tour. Quelque part, qui se soucie de l’énergie consommée pour faire virer tout ça?

 

Je dépose mon bol de Capitaine Crounch, un peu déstabilisé par cette allégorie matinale fort juste.

 

Elle insiste, fouillant les articles traitant de la question : en 2012, 7 % de l’énergie consommée mondialement était attribuable à Internet. En 2020, les utilisateurs, et forcément les géants du Web, en auront consommé trois fois plus! Les mégacentres de stockage de données sont bien sûr au cœur de cet enjeu. C’est une consommation énergétique équivalant à celle du domaine de l’aviation à l’échelle mondiale, rien de moins! En fait, certaines plateformes consomment autant d’énergie que la Bolivie.

 

En 2011, Greenpeace a mis Facebook au défi de réduire sa dépendance aux énergies fossiles. Invitation acceptée, défi relevé. Facebook, qui édite maintenant son propre bilan énergétique, vise à n’utiliser que des énergies renouvelables. Et elle inaugurera sous peu un mégacentre de traitement des données au nord du cercle polaire en Suède afin de limiter les coûts de refroidissement de ses serveurs informatiques. Facebook partagera même ses trouvailles énergétiques avec les autres géants du Web dans le cadre du programme Open Compute.

 

Et nous les utilisateurs?

 

Vous me direz (ou vous le direz à ma blonde) que c’est toujours la même rengaine : on renvoie la responsabilité à l’usager individuel alors que certains géants de l’industrie brûlent quelques pétroliers par jour. On a déjà joué dans ce film-là : trie tes vidanges, nous, on continue de polluer!

 

Eh bien, nous serions responsables, tous autant que nous sommes, de 50 % des gaz à effet de serre liés au Web. Pas moyen de se disculper.

 

Responsabilisé et rassasié de mes céréales préférées, je me lance à mon tour, dans le sillage de ma blonde, à la recherche de gestes informatiques salvateurs de kilowatts.

 

Pas fort, comme première récolte de bons plans : désabonnez-vous de listes d’envois de courriels et deux ou trois broutilles du genre… Rien de transcendant.

 

On se rend bien compte que nous sommes, face à notre consommation d’Internet, aussi démunis que nous l’étions face à l’embonpoint, à la recherche de diètes miracles. Même constat pour la pollution engendrée par la surconsommation de pétrole des années 1970 : on s’achetait une Ford Pinto pour changer le monde!

 

Au deuxième café, nous avons réfléchi à ce que serait notre propre liste de trucs éco-socio-énergétiques :

 

  • Avant de partager une info (fausse nouvelle ou pas) sur les réseaux sociaux, soyons conscients que nous sommes le énième zigue à le faire.
  • Nos états d’âme ou opinions intéressent-ils réellement quelqu’un sur les réseaux sociaux, en dehors des sondeurs qui utilisent des données de comportement social?
  • La bienveillance exagérée sur les réseaux sociaux est tout aussi néfaste que le « trollage » ou à tout le moins, inutile.
  • Gardons nos photos de voyage pour les montrer à nos amis lors de notre prochaine rencontre physique. Vous éviterez de vous faire dire d’entrée de jeu « Ah oui! J’ai vu tes photos sur Facebook! » Vous éviterez que le punch de votre voyage en Patagonie fasse patate.

 

En fait, l’écho-responsabilité, c’est éviter de créer une réverbération inutile, d’augmenter le bruit ambiant et de réduire le temps profitable tout en générant des gaz à effets de serre, même si au Québec nous profitons d’une énergie renouvelable, l’hydro-électricité.

 

Dans une future charte du numérique de l’Abitibi-Témiscamingue, j’aimerais y lire un chapitre sur l’écho-responsabilité

 

Est-ce moi, mais le vrai écho, me semble que ça existe pu?

 

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