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Chroniques // Un immigrant nous regarde

Un immigrant nous regarde

L’essentiel

// Fednel Alexandre - 14 nov. 2016

Numéro : Novembre 2016

 

Fednel Alexandre
photo : Courtoisie

 

Le consumérisme aidant, nous nous encombrons non seulement de ce qui rend notre vie plus confortable, tel qu’un four à micro-ondes, un grille-pain et un frigo, mais aussi de tout le superflu que la publicité et la compulsion nous commandent de nous procurer. Ainsi, nous nous retrouvons avec quatre téléviseurs, que nous avions allumés seulement au moment de leur installation, cinq voitures, que nous entreposons dans un garage chauffé, une maison avec une demi-douzaine de lits dans lesquels nous ne dormirons jamais. Pour cela, nous nous aliénons à cause de cette arnaque appelée « le travail », du latin tripalium, accessoire à trois branches que ces barbares de Romains utilisaient pour torturer leurs esclaves, mais présentée comme parangon de liberté, et nous oublions de profiter de l’essentiel. Pourtant, la vie nous enseigne la fatuité des biens matériels, et nous savons bien que celui qui leur court après se précipite vers la perdition. Mais nous sommes des oublieux. La mort se charge toutefois de nous le rappeler. Au moment de ce grand voyage, nous partons dans le plus pur dénuement, laissant les fruits d’une vie de dur labeur derrière nous. Nous n’emportons rien, sauf quelques secrets peut-être. Il faut donc partir pour apprendre à vivre, pour revenir à l’essentiel.

 

Certains partent avec un sac dans lequel ils fourrent l’essentiel : quelques vêtements, un drap, des livres, des photos et des documents officiels. D’autres partent avec une brosse à dents et une paire de chaussures pour aller apprendre à lire à des enfants dans un bidonville en Haïti ou creuser un puits dans la brousse africaine. D’autres encore partent sans passeport, sans carte d’embarquement, sans destination précise. Ils marchent des centaines de kilomètres, rampent sous des barbelés, s’engouffrent dans des cales de bateau. Pour eux, il n’y a rien d’essentiel, sinon leur vie que, malheureusement, ils perdent souvent. C’est le cas de tous ces réfugiés qui fuient les bombes, les bombardements, les attentats, la misère, la famine. Ceux qui parviennent à s’en sortir s’offriront notre petit confort avec un frigo, un grille-pain et un four à micro-ondes. Ils en voudront un peu plus. Ils travailleront dur pour se procurer une grosse maison, quatre téléviseurs et cinq voitures entreposées dans un garage chauffé, oubliant de profiter de l’essentiel. Ainsi ira le monde jusqu’au jour où nous apprendrons à vivre autrement. À compter de ce jour-là, le monde ne sera plus le même.\\

 

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