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Chroniques // Signature d'artiste

Chronique « Signature d'artiste »

MS = MS + X

// - 1 déc. 2011

Numéro : Décembre 2011 / Janvier 2012

 

photo : Courtoisie de l'artiste

 

Je ne suis pas mathématicienne. J’essaie plutôt d’être artiste et de survivre en tant que telle... Aussi, permettez-moi tout de même la formalisation fantaisiste suivante: MS=MS+X.

 

Elle signifierait que « je » (Martine Savard en tant qu’artiste) égale Martine Savard plus « X », quelque chose d’autre. Mais quelle est cette inconnue sans laquelle je serais incomplète, mais avec laquelle l’égalité posée serait algébriquement fausse sauf si X= zéro (ce qui, j’espère, n’est pas le cas!) ?

 

Trêve de devinettes. Ce X, c’est la subjectivation. Beaucoup à la naissance et un peu chaque jour, nous arrivons tous nus dans un monde déjà tout fabriqué et/ou expliqué par les autres (avec règles, modes d’emploi, définitions, esthétique). Mais à certains moments de l’existence, pour pouvoir agir le plus possible en concordance avec la sensibilité, les laleurs, le sens de la justice, etc. qui ont été déposés et cultivés en nous avant que nous les reprenions à notre compte, nous devons nous refaire à nous-mêmes un portrait d’ensemble de la situation.
Or, ces moments subjectifs, quoique libres en principe, dans les faits se trouvent toujours orientés par les outils interprétatifs, plus ou moins adaptés, dont nous nous sommes dotés. (Entendons-nous : quelqu’un qui n’aurait visionné toute sa vie que des films de Stallone et Schwarzenegger serait moins avantagé pour faire comprendre ses sentiments qu’un docteur en physique pour décrire des particules élémentaires...)


Donc, les choix d’orientation culturelle qu’on fait comptent triple (comme au Scrabble),
puisqu’ils conditionneront en partie nos choix ultérieurs : d’où pourrions-nous tirer nos solutions, sinon du répertoire d’exemples vécus ou imaginaires dont nous disposons? De notre nombril? Non! De notre bon sens enrichi par notre « consommation » culturelle. D’où l’intérêt public qu’il existe, entre autres, des artistes contemporains pour produire de l’imaginaire cogité en connexion avec les problèmes contemporains.


À chacun son X


Bien sûr, X appartient à tous, puisque que tout humain a des choix à faire et doit réfléchir pour les faire judicieusement. Mais il y a des gens qui font leurs grands choix une fois pour toutes et qui vivent avec le reste de leur vie, grand fleuve tranquille où la partie constante l’emporte sur le X en question. Pour d’autres, au contraire, le X constitue l’activité principale, et parmi ceux-ci, les artistes, dont le mandat spécifique consiste à tout remettre en question, en commençant par leur façon d’être et leur pratique quotidienne.

 

En retranchant ce mandat, on obtient l’art thérapie, l’artisanat décoratif ou les loisirs artistiques, activités utiles et respectables, mais qui ne remplissent néanmoins pas la fonction citoyenne de l’art, qui est de pousser loin dans la zone X. Cette action radicale recèle un potentiel subversif puisqu’elle ouvre tous les possibles, là où les doctrines ne sont pas gobées comme des réalités indépassables mais plutôt examinées comme les constructions d’affirmations vérifiables ou discutables qu’elles
sont en fait... 

 

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