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Essentiel ou utile ?

// Louise Lambert - 1 févr. 2011

Numéro : Février 2011

 

Il y a quelques semaines, Marie-France Bazzo recevait à son émission de télévision le comédien Guy Nadon, à qui elle a demandé : « Comme comédien, quelle est votre utilité ? » Et lui de répondre : « Aucune ! Je n’ai aucune utilité. Je crois que je suis un rouage essentiel de la société, mais je suis absolument inutile. Un plombier est beaucoup plus utile que moi. Vous, vous êtes beaucoup plus utile que moi, vous pouvez faire cheminer des idées. Je suis essentiel parce que je ne pourrais pas vivre dans une société où il n’y aurait pas de gens comme moi, mais je pense que ma contribution est bien mineure. »

L’animatrice, visiblement étonnée, fait alors valoir à l’acteur qu’il apporte tout de même de la beauté, de la réflexion. Il lui dit : « Oui, c’est l’essentielle beauté, l’essentiel plaisir, mais je crois qu’on pourrait fort bien vivre sans cela. Plusieurs sociétés, dans l’histoire de l’humanité, ont vécu sans acteurs, sans artistes, parce que la misère était juste trop grande ! » Et l’animatrice de conclure : « Mais justement, ça a fait de la misère ! »

Cet échange, quand on s’intéresse aux arts et à la culture, était captivant. L’art, est-ce essentiel ou utile dans nos vies ? Les artistes, sont-ils essentiels ou utiles à la société ? La question mérite d’être posée, même si, on s’en doute bien, elle suggère autant de réponses qu’il y a d’individus. Il faut voir aussi ce que l’on entend par essentiel et utile, ces deux termes appelant des interprétations nuancées.

À regarder le contenu de ce numéro de février, force est de constater que, dans notre région, les artistes et l’expression artistique sont mis à contribution dans diverses causes. On le voit avec la trentaine de musiciens et chanteurs qui prêtent généreusement leur concours au téléthon La Ressource en soutien aux personnes handicapées. On le constate avec les comédiens des Productions du Raccourci, à qui l’on a fait appel pour parler des droits des usagers dans le système de santé. Ou, encore, avec la présence combien bénéfique de l’organisme Jeunes musiciens du monde auprès des enfants de la communauté algonquine de Kitcisakik dans la réserve de La Vérendrye. Et, aussi, quand on observe le parcours impressionnant des autistes du groupe La Bohème, qui s’éclatent et s’expriment au rythme des percussions. Essentiel ou utile ?


La reconduction récente du Fonds dédié aux arts et aux lettres de l’Abitibi- Témiscamingue participe à ce mouvement qui veut rapprocher les artistes et la communauté (qui est loin de qui ?), à cause du type d’initiatives qu’il soutient financièrement. En effet, l’un des volets de ce programme demande que les projets artistiques soient réalisés de concert avec des intervenants de la collectivité, donc qu’ils touchent à des thèmes qui concernent la vie collective.

Né d’une entente intervenue en 2001 entre le Conseil des arts et des lettres du Québec et la Conférence régionale des élus, ce fonds apporte de l’eau au moulin des artistes, des écrivains et des organismes culturels. Que ce soit en arts visuels, en arts médiatiques, en musique, en littérature ou en théâtre, on a vu naître, depuis dix ans, des projets artistiques qui abordent des thèmes reliés, par exemple, à la condition des femmes, au deuil, à l’environnement, aux ventes de garage, à la pêche blanche; autant de sujets qui ont des résonnances bien concrètes chez les citoyens que nous sommes. Cela aurait eu pour effet, au dire de plusieurs artistes impliqués dans ces démarches, de mieux faire connaître le processus créatif qui est au cœur de leur travail, donc de mieux les faire apprécier du « public », ce grand ensemble si difficile à définir avec précision.

Il me semble que dans une région comme la nôtre, l’on connaît de mieux en mieux le travail des artistes qui y œuvrent et que l’on mesure de plus en plus l’importance de leur apport à la communauté régionale. Ils sont parfois nos voisins, nous avons l’occasion de les côtoyer, ce sont des professionnels qui investissent beaucoup d’eux-mêmes dans ce qu’ils font, ils aiment en parler à qui s’y intéresse. Et ce journal aime s’en faire l’écho.

Les artistes sont des observateurs attentifs de la société, ils posent un regard personnel sur la vie. Ils questionnent, ils brassent et dérangent à l’occasion, ils expriment, ils nous rendent plus sensibles, ils créent de la beauté, cette essentielle beauté, cet essentiel plaisir dont parlait Guy Nadon à Bazzo.tv, toutes choses qui tiennent la misère à distance, comme le soulignait si pertinemment son interlocutrice.

Dans cette édition, nous vous proposons de le découvrir encore un peu plus, ici même, chez nous.

Essentiel ou utile ? À chacun de trouver sa réponse. Pour ma part, je réponds : l’un et l’autre, sans hésitation.

 

 


 

 

Winä Jacob, dont j’ai pris le relais pour quelques numéros, sera de retour avec l’édition de mars. Mon aventure bohémienne, à titre de rédactrice en chef, prend fin ici. Ce fut un plaisir et un privilège de partager avec vous, depuis le mois d’octobre, la créativité et la ferveur qui caractérisent le monde des arts et de la culture, une ressource intarissable dont on ne saurait se passer. Au revoir et merci !


Louise Lambert

 

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