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Chroniques // Humeur

Chronique « Humeur »

Au-delà du bruit des tiroirs-caisses

// Philippe Marquis - 1 avril 2010

Numéro : Avril 2010

 

Culture n.f. Développement de certaines facultés de l’esprit par des exercices intellectuels appropriés. Ensemble des connaissances acquises qui permettent de développer le sens critique, le goût, le jugement.1

J’essaie de réfléchir à ce que nous sommes... Nos proches ancêtres ont colonisé des terres algonquines il y a plus ou moins cent ans. Un peuple d’agriculteurs d’abord, puis de bûcherons et de mineurs qui n’ont jamais vraiment été maîtres de leur destinée. Et il n’y a pas eu de changement fondamental depuis la naissance de notre région ressource.2

Oui, d’accord, nous avons changé. Nous nous sommes modernisés. Notre peuple de pionniers est devenu consommateur. Alors on fait comme tout le monde et nos esprits macèrent dans un bouillon de signes de piastre.

Nous zappons en moyenne une trentaine d’heures par semaine! Là-dessus, il y a plus de trois heures de publicités qui conditionnent tous nos choix. Nous consommons tellement que la gestion des déchets est un immense problème. Plusieurs d’entre nous dépensent plus qu’ils ne gagnent. On appelle ça s’endetter. Et c’est très stressant l’endettement. Mais même si on est pris à la gorge, mieux vaut se pendre avec une corde en or… achetée à crédit.

Des expressions courantes traduisent l’influence de la pensée marchande sur nous : « investir dans ses relations », « acheter du temps », « hypothéquer son avenir »... Elles sont communes et illustrent la place que prend l’économie dans nos esprits. La quête du bonheur calculé en dollars garde nos têtes penchées sur un seul objectif : être riche. Les modèles, les publicités et les idées dont les médias nous bombardent sont centrés sur l’unique vérité qu’est l’argent.

La propagande est efficace au point où une émission appelée Le banquier est vue par plus d’un million de personnes chaque semaine. C’est la course au profit. Tant pis pour les idiots et les moins chanceux, ils n’avaient qu’à faire les bons placements. Tant pis pour l’environnement et tant pis pour la vie car si ce n’est pas coté en bourse, ce n’est pas important. La planète peut bien mourir, les riches sauteront dans une navette pour aller magasiner sur Mars...

J’essaie de réfléchir à ce que nous sommes mais le bruit des tiroirs-caisses, les prêches des missionnaires du « chacun pour soi », la vue des écrans de Loto-Québec dans les dépanneurs, tout ça me rentre dedans.

C’est pour cette raison que ce qui s’inscrit hors de cette logique devient si précieux. Ce qui permet de revenir sur terre et de rencontrer des humains, pas des consommateurs : un festival, un orchestre, une troupe de théâtre, soutenus par des bénévoles passionnés. Des salles pleines et surexcitées à qui on donne un troisième rappel.

Je rends hommage à tous les artistes de notre région pour qui le don de soi et le partage passent avant la création de la richesse; à ceux qui en arrachent, parce la culture, à moins d’être commerciale, ça ne rapporterait rien... Ceux qui sont l’écho de nos âmes. Toutes nos âmes qui ne sont pas à vendre.

Bon printemps!

1 Dictionnaire Le petit Robert

2 J’utilise cette expression pour faire plaisir aux technocrates d’ici ou d’ailleurs et m’ouvrir des portes si jamais je perdais mon emploi...

 

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