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Chroniques // Humeur

Humeur

Internet à deux vitesses...

// Philippe Marquis - 1 nov. 2009

Numéro : Novembre 2009

 

Avez-vous accès à Internet haute vitesse? Si vous répondez non à cette question, vous habitez sans doute en campagne. Il y a là, pour moi, une injustice criante. Elle est semblable à toutes celles que nous vivons par les temps qui paient... 

 

C’est un souvenir limpide dans mon esprit. Petit garçon, en visite chez mes grands-parents, je parlais de leur téléphone en disant qu’il ne sonnait pas comme le nôtre. À l’époque, toutes les maisons d’un même rang ne jouissaient que d’une ligne téléphonique. Les sonneries étaient toutes différentes : deux petits coups chez St-Pierre, deux longs coups et un petit chez Béland, etc. Et il y en avait des maisons dans les rangs dans ce temps-là, il y en avait une par lot. Même si des voisins indiscrets pouvaient écouter ses conversations, pépère Trudel disait : « Au moins on a le téléphone... ». Je compris alors que les changements technologiques ne se faisaient pas au même rythme partout. 

 

Ainsi, au moment où je vous écris, la majorité des rangs des villages d’Abitibi-Témiscamingue ne sont pas encore branchés sur la haute vitesse. Un format trop lourd prend bien du temps à s’ouvrir ou ne s’ouvre pas. Les films, la musique, l’accès aux journaux ou les sites culturels ne sont pas à la portée des citoyens de nos campagnes. Les populations rurales de notre région sont donc privées de cet outil d’information par excellence. Pourquoi? Parce que les investissements seraient trop importants pour ce marché qui ne l’est pas assez... Internet haute vitesse est pourtant une conception humaine qui, à mon sens, devrait être disponible à toute la communauté humaine.  Tout ce qui pourrait servir à nous faire avancer collectivement devrait être disponible à tout le monde. On appelle ça le partage. 

 

ST: Le profit ou le progrès?

 

Malheureusement, la notion de partage est mille fois plus éloignée des valeurs du marché que Fabre ne l’est de Montréal à pied. La distance qui existe entre le simple partage des outils (que nous contribuons tous et toutes à produire) et ce dont nous disposons aujourd’hui, est injuste. Cette injustice est invivable maintenant, et sera encore plus invivable à long terme. Entre le nord et le sud, les riches et les pauvres, l’école privée et l’école publique, la ville et la campagne, il y a tout ce que nous pourrions être sans le profit à tout prix.

 

Ils doivent manger des légumes et de la viande, et boire du lait, les actionnaires des compagnies de distribution d’Internet haute vitesse? J’imagine que les charpentes de leurs maisons sont en bois. Non? Pourquoi alors ne pas traiter dignement ceux et celles qui produisent la nourriture et le bois? Pourquoi ne pas partager davantage et régler un paquet de problèmes?  

 

Je revois mon grand-père éclater de rire en écoutant Caouette chialer contre les monopoles, le dimanche soir à la télévision. Ces monopoles et ceux qui les soutiennent pour nous garder encore débranchés aussi longtemps que c’est payant.

 

« Au moins on a des ordinateurs » dirait mon grand-père mais avec de moins en moins de maisons dans les rangs.

 

 

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