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Roger Wylde: Quand l'art s'enrichit de la culture

// Ariane Ouellet - 28 mai 2019

Numéro : Juin 2019

 

photo : Williams Nourry

 

On ne place pas Roger Wylde facilement dans une petite case quand il s’agit de déterminer son champ d’expertise. Artiste visuel, comédien, artisan traditionnel, les voies qu’il utilise pour exprimer la créativité qui l’habite sont nombreuses.

 

Il est né et a grandi à Pikogan. Il est Abitibiwinni. C’est sur les bancs de l’école primaire qu’il découvre l’art plastique. « On faisait de l’art tous les vendredis après-midi. C’était mon cours préféré, ça m’a ouvert des horizons », raconte Roger Wylde. Comme il est à l’école une majeure partie de l’année, c’est surtout l’été qu’il peut suivre son père dans la nature.

 

Sa mère fait de l’artisanat avec certaines de ses sœurs, ce qui l’amène à faire aussi du perlage et à développer les métiers d’art, qu’il pratique encore aujourd’hui en tannant le cuir d’animaux sauvages. Il fabrique aussi des tambours et des objets traditionnels selon les techniques apprises de ses parents. Après son secondaire, son père l’initie au monde de savoirs traditionnels de la forêt, un apprentissage des plus précieux pour le jeune artiste. Roger continue d’y faire du dessin et de la peinture. Il apprend comment chasser, pêcher et apprêter tout animal. Il sait reconnaître les plantes et les arbres.

 

À partir de sa jeune vie d’adulte, l’aventure se transforme. Membre d’une troupe folklorique à Pikogan, il voyage et découvre des aspects de sa culture jusque-là méconnus. Il n’y a pas de pow-wow à ce moment-là, mais à certains endroits, il y a des rencontres. C’est l’occasion pour Roger de fabriquer des costumes et accessoires pour la troupe et de mettre sa créativité à profit.

 

Beaucoup plus tard, des rassemblements à caractère spirituel lui permettent d’explorer ses origines plus en profondeur en assistant à des rituels et des cérémonies. « Ça a causé un éveil en moi, ravivé quelque chose qui n’existait plus. C’était très stimulant. » Au Québec, peut-être à cause de l’influence catholique qui dévalorise les croyances traditionnelles, les rituels sont plutôt rares, voire tabous. C’est donc surtout en Ontario que les rassemblements ont lieu. La participation demande une préparation intérieure, car les enseignements qui y sont transmis exigent le respect et l’engagement.

 

C’est un besoin d’aventure qui l’amène vers Montréal. Il y fonde une famille et fait des rencontres artistiques significatives. Il fait partie de la production du film Robe noire, sorti en 1991. Certains évènements politiques qui surviennent ont un impact important chez beaucoup d’autochtones du Québec. « Je suis parti en 1990, l’année de la crise d’Oka. Cette crise-là a un grand impact sur la population. Des brisures, mais aussi des rapprochements. Des gens ont voulu essayer de comprendre les chocs culturels et l’histoire qu’il y avait derrière », raconte Roger Wylde, qui a par la suite ses premières expériences théâtrales avec le Théâtre Parminou. De 1994 à 1996, il a l’occasion de participer à quatre productions avec la compagnie et de faire des tournées. « J’étais comédien et j’aidais un peu à donner la couleur dans l’écriture et la conception, pour authentifier un récit ou un personnage. » Il collabore aussi à quelques reprises avec le Théâtre du Nouvel-Ontario.

 

Depuis, les implications artistiques de Roger Wylde se multiplient. Le développement récent de multiples projets culturels en Abitibi-Témiscamingue crée un terreau fertile pour son retour dans la région. L’année 2019 sera fort occupée : entre des projets de théâtre avec la compagnie Ondinnok, il participera à une exposition collective au MA de Rouyn-Noranda, avant de coanimer le pow-wow de Pikogan aux côtés de son collègue Charles Bender les 8 et 9 juin. Alors que ce dernier animera le pow-wow en français et en anglais, Roger l’animera en langue anicinabe. Il participera aussi à une résidence de création au Centre d’exposition de Val-d’Or. On pourra ensuite le voir incarnant Gabriel Commanda dans la pièce déambulatoire Val-d’Or vous raconte son histoire. Parallèlement, il a reçu une aide financière du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ) pour un projet de transfert de connaissances autour du tambour traditionnel auquel collaborent ses fils Kiweden et Javier, qui recevront ses enseignements.

 

MINWASHIN

Roger Wylde est vice-président de Minwashin, un organisme créé en 2017 dans le but d’offrir une structure professionnelle aux artistes anicinabek du territoire. « C’est un point de jonction entre les arts et la culture. Le principal mandat est de soutenir les artistes dans la création et la diffusion. Le remplissage de paperasse est une embûche à leur développement. Ce qu’ils veulent c’est créer, jouer de la musique, sculpter. » L’organisme se veut inclusif, laissant la place à des projets de cocréation, à l’accueil d’artistes des communautés atikamekw, cries ou non-autochtones. À la suite du succès connu par l’évènement Miaja (Ça y est! en langue anicinabe) en septembre 2018, une deuxième édition aura lieu au Témiscamingue en septembre, qui sera sous la thématique de la langue et de l’oralité.

 

Ce qui motive Roger Wylde par-dessus tout, c’est de créer des espaces où l’on peut travailler équitablement, sur une même base, où personne ne domine. « La place de chacun doit être considérée. Il faut construire des modèles de travail qui vont permettre des rapprochements ». De toute évidence, les nombreux engagements qui l’occupent sont cohérents avec ses aspirations artistiques et sociales.

 

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