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Articles // Culture autochtone

La néophyte et le pow-wow, la suite

// Jenny Corriveau - 28 juil. 2016

Numéro : Juillet-août 2016

 

photo : Jenny Corriveau

 

Fine bruine, temps frais, odeur de fumée et de sapin, puissants tambours et chants qui transpercent le cœur. Armée de mon appareil photo et de trop peu de couches vestimentaires sous mon manteau de pluie, je m’apprête à vivre mon premier pow-wow.


Soulagée de voir que la population est au rendez-vous malgré la température peu clémente, je constate qu’ici, bien que mon nez, mes doigts et mes orteils soient gelés, c’est jour de canicule dans le cœur des gens. Il règne ici une ambiance dans laquelle je me baignerais pour longtemps, pour toujours. Une ouverture tant du peuple hôte que du visiteur que j’aimerais reconnaître plus souvent dans mon Québec, partout en fait.

 

Les régalias sont magnifiques, la cérémonie d’ouverture est émouvante, mes joues sont mouillées par la bruine, mais aussi par les émotions qui commencent, déjà, à couler au rythme des tambours et des pieds qui frappent le sol.


Lourde de sens, une plume d’aigle est remise à l’attristée mère de Cindy Ruperthouse en guise de support à la famille. C’en est fait. La pluie ne peut plus couvrir les sanglots, ni ceux de la mère, ni les miens, ni ceux de mes voisins qui, en silence, assistent avec respect au moment intime, vécu communautairement. Instant aussi difficile que réconfortant.


Le Pow
Boum, boum, boum… Le rythme, lointain, me prend directement au cœur. Yeux défigés des danseurs, bouche béante refermée, je me dirige vers le grand chapiteau, où tambours et chanteurs s’exécutent. La cadence locomotive des tambours en crescendo, juxtaposée aux chants très particuliers des dizaines de paires de cordes vocales, serrées, envoie une puissante décharge au torse. Secouée à grand coups de défibrillateur rythmique, mes glandes lacrymales se gorgent à nouveau. C’est la gorge nouée et les yeux embués que j’assiste, de très près, à une pièce complète aux côtés de Jean-Yves et Simon de Musique Nomade, qui sont en région pour l’occasion et en profitent pour capter les moments. Un gros pow dans le chest et un tout aussi puissant dans l’âme.


Le Wow
Le pow-wow n’est pas un « spectacle », mais une célébration de la vie, une communion avec la terre, avec les sens, avec les gens. Voir tous ces enfants de toutes nationalités, ces adultes de toutes allégeances faire tomber toutes les barrières d’un coup de pied rythmique au sol. Voir ces égos mis de côté pour danser librement, ensemble, dans l’arène suite à l’invitation du maître de cérémonie. Constater la joie pure qui émane de cette liberté expressive assumée. Il est là, le wow, dans cette communion sans barrières, à laquelle on assiste trop peu souvent en cette ère individualiste où le souci de l’image projetée est omniprésent, partout.


L’image
Les grains de tabac qui volent au ciel au premier battement sur les peaux tendues. Les visages crispés d’intensité des chanteurs. Les couleurs sublimes au corps qui ensoleillent le gris du ciel. Le sourire rayonnant des enfants qui courent, jouent, dansent, chantent, crient, rient. Le charme des dames aux fourneaux qui nous pourvoient en bannick et en mooseburger. L’image que je m’étais faite du pow-wow est rehaussée par le sentiment de paix qu’on ressent en y assistant. On peut lire sur le sujet, regarder des photos, des vidéos, en parler, y penser. Rien n’équivaut à le vivre.


Si la météo n’a pas été clémente pour le pow-wow 2016 de Pikogan, le soleil illuminait de son feu sacré les yeux de tous les gens que j’y ai croisés. \\

 

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