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Articles // Vues sur le nord

Chronique « Vues sur le nord »

Le Prix de l’or

// Martin Blais - 1 sept. 2013

Numéro : Septembre 2013

 

Suivre le courant, de faille en faille, d’un trou à l’autre, c’est ce qui paraît être le destin du mineur en Abitibi et ailleurs, depuis des décennies et indéfiniment encore. Les humeurs de la finance règlent le prix de ce qu’il travaille à extraire, faisant de lui et sa famille des nomades orientés vers la promesse de prospérité.

 

La production cinématographique de l’ONF des années 1950 conservait les relents des stratégies de propagande utilisées surtout pendant la guerre. C’était juste avant que les Jutra, Carle, Brault et Perreault s’empoignent d’une liberté formelle et éditoriale salvatrice. Les débuts du cinéma de fiction à l’ONF, fait intéressant, se sont tournés en partie en Abitibi, avec Les Brûlés (1959) et Tout l’or du monde (1959), court métrage réalisé par Roger Blais et écrit par Gilles Carle, qui se déroule dans une petite ville minière désertée, en bordure de Rouyn.

 

La famille Leblanc est sur le point de se déchirer. Le prix de l’or a chuté, ayant pour conséquence la fermeture de la mine de la localité dont la réouverture est tout sauf imminente. La seule option pour les Leblanc est l’exil, ce à quoi Aristide, le père de famille, s’oppose avec un entêtement sentimental. Pensant débarquer cinq ans plus tôt sur une terre prospère pour longtemps, pensant se «mettre riche» grâce à la mine d’or de la place, sa déception est énorme, pathétique, et l’orgueil est dur à ravaler. C’est le thème de Tout l’or du monde, ravaler son orgueil et repartir travailler ailleurs, pour le bien de soi-même et de sa patrie. Cette vision un brin utilitariste, personnifiée par Maurice Duplessis (et Lucien Bouchard plus récemment), se transmet dans la résignation d’Aristide, qui décidera candidement de déménager à Val-d’Or pour trouver travail. Puis, c’est au narrateur de nous inculquer la grande leçon du film : «Dans les régions minières, l’or n’est pas la richesse mais la vie. Quand on le découvre, il faut l’extraire avec hâte, quand il s’épuise on doit le trouver ailleurs.» À vos valises, mineurs, que ça vous plaise ou non.

 

Tout l’or du monde est aussi, agréablement, un récit d’enfance laissée à elle-même. Dans le vide autoritaire qui s’est créé dans leur patelin, les enfants mettent en scène une organisation municipale, avec un maire, un sheriff et un chef des pompiers. Les quelques enfants qui restent prennent la place des adultes, jusqu’à ce qu’ils mettent feu à un édifice de la mine. Cet événement laisse supposer que le village à l’abandon leur laisse trop de liberté et qu’il serait donc mieux pour eux de partir.

 

On a le plaisir dans Tout l’or du monde de redécouvrir Hélène Loiselle, décédée au mois d’août dernier. Loiselle fut indéniablement une des actrices les plus importantes du Québec, tant sur les planches qu’à l’écran. Elle décrocha ses rôles les plus marquants pendant les années 1970, notamment dans Les Ordres et Mon oncle Antoine.

 

Tout l’or du monde peut être vu sur youtube.com, dans la généreuse collection de l’ONF.

 

 

 

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