MYRIAM BENOÎT, CHARGÉE DE PROJETS, CONSEIL RÉGIONAL DE L’ENVIRONNEMENT DE L’ABITIBI-TÉMISCAMINGUE (CREAT) 

Voir un tamia (ou suisse) près de la maison ou un renard près d’un sentier suscite souvent une réaction spontanée : l’envie d’aider. Surtout en hiver ou en période de disette apparente, plusieurs personnes croient bien faire en laissant de la nourriture aux animaux sauvages. Pourtant, aussi bien intentionné soit ce geste, nourrir la faune sauvage cause bien souvent plus de tort que de bien. 

Moineau friquet (malheureusement absent du territoire régional) | Provenance de l’image : Shutterstock

LES RISQUES ASSOCIÉS À CETTE PRATIQUE 

Les animaux sauvages sont parfaitement adaptés à leur environnement. Leurs comportements, leurs déplacements et leur alimentation sont le fruit de milliers d’années d’évolution. En intervenant ainsi, on perturbe cet équilibre naturel. Lorsqu’un animal s’habitue à trouver facilement de la nourriture fournie par l’humain, il peut perdre ses réflexes naturels de recherche de nourriture et devenir dépendant de cette source artificielle. 

Cette dépendance entraîne plusieurs conséquences. Elle peut modifier les habitudes de déplacement, concentrer plusieurs animaux au même endroit et augmenter les risques de conflits. Elle peut aussi rapprocher inutilement les animaux des zones habitées, ce qui accroît les risques de collisions routières, de dégâts matériels et, malheureusement, d’euthanasie d’animaux jugés « problématiques ». Les animaux peuvent aussi associer rapidement les humains à une source de nourriture et perdre leur crainte naturelle. 

Un autre problème majeur concerne la santé des animaux. La nourriture offerte par les humains n’est généralement pas adaptée aux besoins des animaux sauvages : le pain, les restes de table, la nourriture pour animaux domestiques ou les fruits en trop grande quantité peuvent provoquer des troubles digestifs, des carences et des maladies. 

Lorsqu’ils s’habituent à être nourris, certains animaux peuvent devenir insistants, voire agressifs. Ils sont alors perçus comme dangereux et doivent parfois être relocalisés. Le rassemblement d’animaux en milieu urbain facilite aussi la propagation de parasites et de maladies, attire des prédateurs et met à risque nos animaux domestiques. Certaines maladies zoonotiques, comme la rage, peuvent également menacer la santé humaine. Pour ces mêmes raisons, il est essentiel de bien gérer nos déchets afin d’éviter de nourrir involontairement la faune. 

Colvert | Provenance de l’image : Shutterstock

ET LES MANGEOIRES À OISEAUX? 

Les oiseaux sont une exception, avec certaines nuances. Installer une mangeoire peut être bénéfique, surtout en hiver. Toutefois, elle doit être entretenue régulièrement, offrir une nourriture adaptée et être placée de façon sécuritaire. Elle doit rester un complément, et non une source unique d’alimentation. 

AIDER SANS NUIRE 

La meilleure façon d’aider la faune sauvage est de protéger ses habitats : conserver les milieux naturels, planter des espèces indigènes et réduire notre empreinte. Observer les animaux à distance demeure le plus grand geste de respect. Laisser la faune sauvage… sauvage, c’est souvent la meilleure façon de la protéger. 


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