LEHANN BOUCHARD, CHARGÉE DE PROJETS, CONSEIL RÉGIONAL DE L’ENVIRONNEMENT DE L’ABITIBI-TÉMISCAMINGUE (CREAT)
Imaginez-vous dans votre lit après une dure journée de travail. Enfin au chaud dans vos couvertures, vous ne souhaitez qu’une seule chose : dormir. Soudainement, des bruits de grattements vous sortent de votre confort. Ne sachant pas ce qui se passe, vous vous dirigez vers la source du bruit, une commode en bois récemment acquise, et ouvrez le tiroir du bas. Vous voilà face à face avec une famille de souris et toutes les conséquences que cela implique. Super! Effectivement, les petits mammifères, tels que les souris, les tamias et les musaraignes, ne sont pas les animaux les plus populaires à avoir involontairement chez soi en raison de leur nuisance et des risques pour la santé. Néanmoins, dans la nature, ces espèces jouent un rôle clé en tant qu’agriculteurs forestiers.
PRÉPARATION ET ENTRETIEN
Comme les agriculteurs qui labourent et fertilisent leurs champs, les micromammifères, en creusant des réseaux de tunnels souterrains et en faisant leurs besoins, offrent des conditions optimales au développement des arbres et plantes de la forêt boréale. La construction des tunnels, en mélangeant les différentes couches du sol, facilite l’aération, l’irrigation et l’accès aux nutriments par les racines. Les fèces et l’urine, quant à eux, servent d’engrais naturels
DISSÉMINATION
Une fois le sol préparé, les petits mammifères disséminent les graines et les spores de nombreuses espèces végétales et fongiques. Ce processus s’effectue de diverses façons. Parfois, les spores et les graines se collent simplement à leur fourrure et tombent quelques mètres plus loin. Dans d’autres cas, les graines contenues dans des fruits sont consommées puis déposées sur le sol via leurs excréments, ou encore enfouies comme réserves alimentaires et, fort heureusement pour la forêt, oubliées.
MAIS ENCORE…
Au-delà de leur rôle d’agriculteurs miniatures, les petits mammifères constituent un maillon essentiel de la chaîne alimentaire en étant des proies pour les chouettes et les martres, mais aussi des prédateurs d’insectes et de jeunes pousses. Pour toutes ces raisons, les micromammifères sont reconnus comme des indicateurs fiables de la gestion durable de la forêt boréale.
Bref, malgré leur caractère nuisible et leur fâcheuse réputation sanitaire, ces petites bêtes demeurent essentielles au maintien de nos précieuses forêts régionales. Ainsi, si vous vous retrouvez nez à nez avec une famille de souris à la maison ou dans une résidence secondaire, capturez-les de façon sécuritaire à l’aide d’une cage et de protections adaptées, puis relâchez-les en nature, très loin de chez vous. Parce qu’au fond, une souris dehors vaut mieux que deux dans le tiroir.
Pour des renseignements supplémentaires, voici les sources utilisées :
Čepelka, L., & Dokulilová, M. (2025). Ecological Roles and Forest Management Implications of Small Terrestrial Mammals in Temperate and Boreal Forests—A Review. Forests, 16(6). https://doi.org/10.3390/f16060994.
Pearce, J., & Venier, L. (2005). Small mammals as bioindicators of sustainable boreal forest management. Forest Ecology and Management, 208(1), 153‑175. https://doi.org/10.1016/j.foreco.2004.11.024.