FÉLIXE RIVEST-LECLERC, 5e SECONDAIRE, ÉCOLE LA SOURCE 

Ancrés dans l’histoire du territoire, le piégeage et la trappe d’animaux forment une tradition pratiquée depuis plus de 14 000 ans. Bien que de nouvelles technologies l’aient fait évoluer au fil du temps, son essence reste la même : elle nous inclut dans un cycle de vie vieux comme le monde. La trappe d’animaux à fourrure nourrit et réchauffe les peuples autochtones depuis plusieurs siècles. C’est à eux que l’on doit ce savoir-faire. En 2026, en Abitibi-Témiscamingue, la trappe est encore importante dans le paysage culturel.  

Dans la forêt entourant la centrale hydroélectrique de Rapide-2, à une heure et demie de Rouyn-Noranda, Gilles Rivest trappe le loup, le renard, le lynx, le castor, la martre, le pékan, le rat musqué et la loutre depuis maintenant 26 ans. 

Gilles Rivest sortant un castor de l’eau | Photographe : Félixe Rivest-Leclerc

Quand je lui ai demandé ce qui différenciait le piégeage de la chasse, il m’a parlé des défis liés à la diversité des animaux : « Je trappe beaucoup d’espèces différentes, et chacune d’elles est un défi. Pour relever ce défi, il faut connaître la nature et les habitudes des animaux et il faut aussi respecter les animaux. » Ce dernier point est important, le respect de l’animal est primordial à la trappe. On ne peut pas le laisser blessé, on ne peut pas prendre sa vie sans raison et on doit l’en remercier. 

J’ai demandé à Gilles si, après toutes ces années, il apprenait encore de cette pratique. « Oui, toujours. C’est comme n’importe quoi, on apprend tout le temps », m’a-t-il répondu avec une grande assurance. Je l’ai questionné afin de connaître une de ces choses qu’il s’est fait enseigner, il m’a dit : « À avoir une grande paix avec la nature. » 

Le piégeage a appris une grande leçon à Gilles. « Ça ressemble à la modestie, dit-il. Y’a rien de plus fort que la nature, t’es pas plus fort, plus grand qu’elle. Cette grandeur-là, tu en fais partie. Tu [ne] peux pas la conquérir, tu [ne] peux pas la dominer. La nature, c’est impitoyable, t’as pas le droit à l’erreur, des fois tu vas perdre, des fois tu vas gagner, mais jamais tu vas la contrôler. Il faut être humble. » 

J’avais une dernière question pour Gilles. J’étais curieuse, je m’interrogeais sur le savoir qu’il souhaitait transmettre à ses petites-filles qui l’accompagnent à la trappe, c’est-à-dire ma sœur et moi. « J’aime vous apprendre les bienfaits et les secrets de la forêt. [N’o]ubliez jamais que quand vous cherchez le calme, la paix, le seul remède, c’est la nature. Quand t’as connu ça, se ressourcer dans la nature, c’est plus facile. Quand t’as une base, tu sais comment faire, et tu vas toujours savoir comment faire. » 

Le piégeage est une pratique culturelle qui nous rapproche du territoire, qui nous pousse à observer, à accepter de se tromper, à lire entre les lignes de la nature et à suivre son instinct comme tous les autres êtres avec lesquels nous partageons les forêts témiscabitibiennes. Depuis plus de 14 000 ans, la trappe nous apprend à prendre, mais surtout à rendre à la nature.