Pierre Higgins a été cuisinier presque toute sa vie. Ce métier l’a mené au Reine Élizabeth, où il a été pâtissier, au Ritz Carlton et jusque dans le Nunavut. Il est maintenant animé par une passion qui l’a fait sortir de ses chaudrons.

C’est à La Ferme, en 2012, qu’il se découvre un nouvel engouement. En roulant sur la 111, la vue d’une grange l’interpelle et il la prend en photo. Ce sera la première d’une longue série.

Pierre travaille d’instinct et n’a pas de formation professionelle en photo. « Je ne tiens pas à faire le National Geographic », lance-t-il en souriant. Chose certaine, son amour du patrimoine agricole est à la hauteur de celui qu’il porte à son pays, le Québec. C’est ainsi qu’il fonce sur des centaines de kilomètres pour saisir ces témoins de notre passé. « Quand je vois une grange dans le champ, je prends le champ. […] J’ai l’œil pour les granges », ironise-t-il.

Depuis La Ferme, il a posé son regard attendri sur plus 3000 bâtiments à travers la province. Il a cogné aux portes d’autant de propriétaires et certains lui ont raconté l’histoire de leur bâtiment à une époque où il servait plus qu’aujourd’hui. Pour honorer ses portraits, Pierre déniche des cadres d’époque dans les ventes-débarras ou des ressourceries. Une première exposition, en juin 2019, se tient au Bois Café de Saint-Paulin où sont mises en vedette des granges du comté de Maskinongé, qu’il habite aujourd’hui. Une autre suit au café La Bezotte à Yamachiche, en septembre dernier. Ces expériences motivent Pierre à organiser une exposition à l’Abstracto, où plus de 120 œuvres seront présentées.

Son regard s’anime lorsqu’il parle de la vie rurale, particulièrement de celle de son enfance. « Les granges abritent les animaux de ferme, mais aussi les chats, souris, moineaux. Elles ont leur odeur, leurs secrets. Beaucoup ont servi de cachette pour les premiers baisers. Elles ont été bâties en collectivité, en Abitibi, au Témiscamingue comme ailleurs. Elles font partie de notre vie, car on y produit la nourriture. »

Sa quête se tourne tant vers les bâtiments en déclin que ceux bien debout, avec un penchant pour les architectures spéciales : « Il n’y en a pas une pareille dans ma collection. Je veux conserver une trace de cela et peut-être aider à faire revivre nos campagnes. Notre planète malade nous ramène à la culture biologique et à l’agriculture de proximité. Je tente de rappeler que ç’a toujours été là. Les gens ne voient pas les granges alors que, pour moi, cela fait partie de notre patrimoine. Je veux montrer ce qu’était le Québec et ce qu’il pourrait redevenir parce que malheureusement beaucoup d’entre elles sont devenues des remises. La crise que l’on vit maintenant en fera sans doute renaître plusieurs. »

Notons que l’artisan-accessoiriste, René Prévost, a contribué à donner un cachet à l’exposition qui ornera tout l’été les murs du café-bar L’Abstracto, à Rouyn-Noranda.


Auteur/trice