La résilience.

Depuis que le neuropsychiatre Boris Cyrulnik a propulsé ce terme dans l’espace public, il est devenu d’usage commun. On est résilient pour tout et n’importe quoi.

Mais pour que la résilience entre en action, elle a besoin d’un moteur : la peur. Depuis la COVID-19, elle est là. Parmi ses déclinaisons, il y a la peur de l’autre qui s’est manifestée dès les premiers cas de contagion confirmés dans la région, chacun voulant fermer sa ville, son village au pestiféré d’à côté.

De la peur à la résilience, comment les communautés peuvent-elles se remettre en mouvement face à la catastrophe? Car il s’agit bel et bien d’une catastrophe et non d’une crise pour reprendre Cyrulnik. Une crise, c’est dérangeant, mais on peut toujours corriger la situation. Mais ici, nous voudrions retourner en arrière que nous en serions incapables, tant les piliers de notre monde ont été ébranlés.

Au fait, comment l’humanité a-t-elle traversé les catastrophes sanitaires passées? A-t-elle été résiliente? Pour le savoir, remontons à l’instant 0 de la peste noire du milieu du 14e siècle qui a décimé les populations de l’Orient et de l’Occident chrétien.

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, le monde de 1350 ressemble au nôtre. Nous avons affaire à des sociétés à l’économie mondialisée (avec l’ouverture de la route de la soie) où règne la spéculation financière et qui s’urbanisent rapidement. Les conflits armés sont nombreux et de portée régionale. Les cités-États ont développé une structure économique requérant des artisans spécialisés. Les marchandises voyagent, les gens se sédentarisent à la ville en augmentant leur endettement et leur dépendance. C’est dans ce décor semblable au nôtre que s’installe la grande peste noire…

Je vous proposerai aujourd’hui ce que je considère être l’ultime unité de mesure de la résilience d’un peuple affligé par une catastrophe : sa créativité.

À Florence sévit la peste noire depuis 1347, la mort fauche sans égard au rang social. Partout, la peur au ventre. Celle de devoir donner son âme à la Faucheuse. C’est dans ce contexte qu’un auteur, Boccace, imagine un confinement médiéval. Il prêtera ses mots à dix personnages dans un ouvrage poétique et lumineux : Le Décaméron,appelé aussi Prince Galeotio.

Éprouvés par cette situation, sept jeunes filles et trois jeunes hommes quittent la ville pour se reclure dans la campagne avoisinante. Ensemble, pour tromper l’ennui, ils échafauderont une règle de vie créative : à tour de rôle, ils deviendront la reine ou le roi de la journée. Chaque sujet devra leur faire un tribut, soit déposer à ses pieds un conte de sa plume.

Décaméron signifie 10 jours en grec ancien. Cette célébration des mots durera dix jours, conférant à chacun la noblesse et le devoir de créer un environnement positif pour ses semblables.

 

La résilience saura-t-elle épouser la forme créative dans nos esprits et nos chaumières?

Sources: 

https://afhe.hypotheses.org/12237

https://fr.wikisource.org/wiki/Le_D%C3%A9cam%C3%A9ron/Texte_entier

 https://ici.radio-canada.ca/premiere/emissions/penelope/segments/chronique/162468/comment-augmenter-resilience-sonia-lupien-covid-19

 https://ici.radio-canada.ca/premiere/emissions/penelope/segments/entrevue/162278/boris-cyrulnik-resilience-coronavirus-covid-19


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