C’est l’hiver…

Puis, par un après-midi glacé, le soleil traverse la fenêtre l’instant d’un moment. Sa chaleur transcende le temps. L’envie de s’ouvrir au présent nous prend alors par surprise. Tout se passe soudainement : le sang bouille, le corps s’allège, les songes bondissent de la tête…

Puis, l’envie nous abandonne… Car le froid est incisif ; la neige, épaisse ; la pression, constante… L’hiver ambiant acclimate les esprits. Il conjugue les rêves et les passions en oui, mais… En fait, soleil ou non, la consigne semble être de ne pas bouger sans être assuré de ne rien bousculer…

C’est qu’il y en a des secrets gardés cachés sous cette neige, ensevelis au fond des âmes. Elles sont légion, les passions figées par l’habitude. Les réflexes de protection retiennent chacune de nos pulsions, même celle d’aimer… Tout se dissimule… Sous la neige, tout demeure prisonnier du froid. Comment éclore sans chaleur, ni lumière ? Sans espoir.

Puis… Insensiblement, avec patience, parce que le temps s’y prête, parce que notre humanité nous y invite, on risque de s’ouvrir un peu… Dénouer les foulards, détacher les manteaux. La confiance revient comme le jour s’allonge… Prudemment d’abord.

Quelques gouttes perlent doucement au bout des glaçons. Un chant d’oiseau, qu’on ne peut nommer, se laisse entendre. Puis la simple assurance que la lumière revient. Puis le simple fait d’avancer en plein jour… Puis la pluie froide qui réchauffe les cœurs. Puis la neige se retire. Tout son blanc s’estompe pour y découvrir toutes nos couleurs. La vie s’écrit dans toutes les teintes et abreuve nos yeux de nuances.

Se dégager de l’hiver et parcourir nos voies qui s’ouvrent. Découvrir ce qui était caché et qui devra être ramassé, remisé, récupéré. Observer ce qui nait. Saluer ce qui revient. Sentir le chant des feuilles. Être touché par les odeurs, les sourires. Saisir les cris des volées d’enfants dans les rues. Couler, de partout, comme l’eau et faire déborder nos rivières…

Les congères disparaissent, sans résister, sous les coups de soleil. Les lacs gelés sombrent dans le bleu. La sève dégivre, les pousses surgissent. Tous les sens se libèrent en même temps et chauffent le présent. Langues déliées, espaces occupés ; la vie se recrée.

Sortir de la torpeur. Respirer doucement pour se fondre au présent. Se donner la main et vagabonder ensemble.

Puis, se regarder dans les yeux, sourire et se dire : « Ce fut l’hiver… il n’est plus… ni dans nos corps, ni dans nos êtres… » \


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