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Chroniques // Histoire et patrimoine

Histoire et patrimoine

L’IMMIGRATION À ROUYN-NORANDA

// Benoit-Beaudry Gourd, Société d'histoire de Rouyn-Noranda - 27 oct. 2020

Numéro : Novembre 2020

 

La maison de chambres Ruokala à Rouyn, propriété de A. Niemen, immigrant finlandais. Milieu des années 1930.
photo : Bibliothèque et Archives nationales du Québec, Rouyn-Noranda

 

À partir de 1925, un très grand nombre d’immigrants européens, pour la plupart originaires d’Europe centrale et d’Europe de l’Est, s’établissent dans les villes minières de l’Abitibi où ils font partie intégrante de la vie collective. Hors de Montréal, ces villes sont alors les seules au Québec à avoir bénéficié d’un apport significatif de l’immigration dans leur peuplement. C’est particulièrement le cas à Rouyn-Noranda qui connaît deux vagues d’immigration assez distinctes : une première de 1925 à 1939 et une deuxième, de 1946 aux années 1960.

 

La génération pionnière

 

Avec la ruée minière du début des années 1920, des milliers d’hommes, provenant principalement de localités minières du nord de l’Ontario, accourent vers la région de Rouyn. Les immigrants sont très nombreux parmi eux. En 1931, ils représentent près d’un tiers de la population de Rouyn-Noranda. Ces immigrants sont déjà au Canada, certains déjà naturalisés, d’autres arrivés récemment au pays. On dénombre alors près d’une douzaine de groupes ethniques différents. Les principaux groupes sont, par ordre d’importance, les Finlandais, les Polonais, les Ukrainiens et les Italiens.

 

Ces immigrants, qui travaillent en grande majorité dans les mines, vivent en marge de la société et des institutions tant francophones qu’anglophones, se regroupant et s’entraidant en fonction de leur appartenance ethnique. Les groupes les plus nombreux se dotent de structures associatives et de salles communautaires qui servent aux activités sociales, culturelles et religieuses. En 1941, on recense 2 139 immigrants qui forment 16 % de la population de l’agglomération minière.

 

L’immigration de l’après-guerre

 

À partir de la fin de la Deuxième Guerre mondiale, Rouyn-Noranda connaît une autre grande vague d’immigration qui est très différente de celle des années 1920 et 1930. Ces nouveaux immigrants proviennent en effet directement d’Europe. On doit distinguer deux périodes dans cette immigration de l’après-guerre. La première s’étend de 1946 à 1952, alors que le courant migratoire est alimenté par des immigrants recrutés par les compagnies minières dans les camps de réfugiés en Europe. Ces immigrants sont désignés à l’époque sous le terme de « DP », acronyme de « displaced persons ». Les Polonais et les Ukrainiens sont alors de loin les plus nombreux parmi ces nouveaux arrivants. Cette source d’immigration va progressivement se tarir avec la fermeture des derniers camps de réfugiés.

 

La deuxième période couvre les années 1953 à 1961, période durant laquelle le mouvement d’immigration concerne principalement des Allemands et des Italiens. Rouyn-Noranda va alors accueillir un bon nombre de techniciens et d’ouvriers spécialisés provenant d’Allemagne et admis au Canada en raison de leurs qualifications professionnelles. Les nombreux immigrants italiens arrivant à Rouyn-Noranda durant ces années profitent de leur côté du système de parrainage familial. Cette vague d’immigration vient donner une vigueur nouvelle à plusieurs communautés qui renouent avec leur langue, leur culture, leurs traditions nationales. En 1961, on recense à Rouyn-Noranda un nombre record de 3 167 immigrants, soit 10,6 % de la population. Les principaux groupes sont maintenant, dans l’ordre : les Polonais, les Italiens, les Allemands, les Ukrainiens et les Finlandais.

 

L’immigration aujourd’hui, une mosaïque culturelle

 

Les années 1960 marquent l’apogée des communautés culturelles à Rouyn-Noranda. On assiste par la suite à un déclin extrêmement rapide de la population immigrée qui est attribuable aux nombreuses fermetures de mines où les immigrants sont encore très présents parmi la main-d’œuvre. La vie communautaire des différents groupes ethniques va peu à peu se désagréger, la plupart n’étant plus assez nombreux pour maintenir leurs structures associatives.

 

Depuis, le faible courant d’immigration qui s’est maintenu en direction de la capitale régionale apparaît très diversifié. Des Français au début des années 1970, puis des Grecs, des Haïtiens, des Africains et, plus récemment, des Vietnamiens et des Maghrébins.

 

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