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Chroniques // Théâtre

THÉÂTRE

Bande de bouffons: Absurdité identitaire

// Sébastien Lafontaine - 10 mars 2020

 

photo : Hugo B. Lefort

 

La Bande de bouffons a sévi au Petit théâtre du vieux Noranda.  À quelques pieds de la fonderie on les croirait être le résultat d’une surdose d’arsenic.   Le Union Jack était à l’honneur, projections sur rideaux blancs d’images de notre beau pays, nos cinq larrons en foire remercient chaleureusement tous les « Fleurons » de l’économie qué-banadienne, le Québec étant ce qu’il est et le Canada aussi, c’est-à-dire, on ne sait trop, sans qui nous ne serions rien.  La pièce Bande de bouffons est un feu roulant d’allusions culturelles et politiques; de Pierre Valière et son Nègre blanc d’Amérique à Gaston Miron en passant par la flotte commerciale de Paul Martin et les « talents » de chanteuse de Mme Justin Trudeau, le spectateur n’a qu’à bien se tenir, difficile de tout saisir.  Parmi la densité de références, le jeu des personnages, à la fois très humains et très difformes, nous maintient en contact avec l’essentiel, le moment présent.  L’absurdité des costumes appuie le travail génial de posture, de geste et de voix, si chers à l’art de la scène. 

 

Colon diverti, colon pensant

 

Le moment présent, ici, nous amène derrière le miroir qui ne nous reflète que ce que l’on veut bien montrer. Les bouffons relèvent le défi de déjouer nos zones cérébrales qui carburent au strict divertissement pour aventurer le colon dans ses zones de réflexion.  La voix « off » d’Alain Deneault, dans des extraits de sa conférence Bande de colons, est brillamment introduite par le travail de René Lussier qui la met en rythme : « Être colon, c’est être structurellement dépolitisé.  […]  Les colons, ce sont les petites mains, les exécutants du projet colonial, qui n’en profitent même pas. Ils sont là pour une p’tite paye, un p’tit lopin de terre, un p’tit avantage : un téléphone cellulaire, une voiture de fonction […] Aujourd’hui le colon c’est l’Albertin qui souhaite que l’entreprise pétrolière investisse dans les sables bitumineux, l’Abitibien qui souhaite qu’une autre mine ouvre, les gens des Maritimes qui voudraient d’un grand projet de pêche intensive […] au détriment des colonisés qu’on a parqués dans des réserves, qu’on a refoulés, qui sont devenus des bibelots, ou des emblèmes d’équipe de hockey. »

 

Avec l’inconscient qui fourmille d’archétypes probiotiques, qui grouille d’arcs et de tripes, le peuple cana-qué-coloni-prolétaire n’en a pas fini de se pelleter l’identité.  « Le Canada, c’quoi? Le Québec c’quoi? »  C’est organique et ça nous coince l’accep-tam-di-li-dam sociale.  Les bouffons, mouture d’entrailles (on croirait voir le grêle et son colon déambuler), étalent sur scène notre malaise identitaire et offrent aux spectateurs non commandités un regard au-delà et en deçà de ce que nos petites et grandes vanités nous reflètent.   Les acteurs sont délicieux. Merci l’équipe, chapeau bas au Théâtre du Tandem.   

 

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