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Chroniques // De panache et de laine

CHRONIQUE

Les défilés de guerre

// Gabriel David Hurtubise - 25 févr. 2020

Numéro : Mars 2020

 

photo : Pablo Picasso - Guernica, 1937

 

Dans les défilés sans prétention, il y a encore les prouesses guerrières exécutées par des équipes sportives. Les plus fameuses sont celles des All Blacks de la Nouvelle-Zélande (Maoris) au rugby, faites dans le but de décontenancer l’adversaire. Cela devait être intimidant à une certaine époque, mais depuis qu’on a les fusils, ça n’impressionne plus personne. Du moins, pas en termes militaires. Tout y est pour la cause du divertissement, bien sûr.

 

La Corée du Nord ne nous inquiète pas tellement non plus. Elle divertit aussi. Il est possible de voir de beaux défilés tout en couleur à la télé, avec des milliers de personnes sur la place publique, et ils portent tous de bien drôles de chapeaux (il faut leur donner ça). Sous les yeux jubilatoires du dictateur, on trouve quand même la quatrième armée du monde en nombre! Mais que peuvent autant de soldats devant les porte-avions, les drones, les missiles occidentaux? Et puis même les bombes nucléaires nous impressionnent de moins en moins. On a eu un peu la frousse dans les années 1950, alors que l’URSS avait des missiles à Cuba! Fini. Pour ainsi dire : nous n’avons plus peur de rien! C’est ennuyeux. Laissez-moi vous effrayer un peu, dans ce cas.

 

Le 6 février dernier, l’armée américaine a déployé un sous-marin équipé d’une bombe nucléaire à faible puissance (trois fois moins qu’Hiroshima). À ce jour, la Russie est suspectée de fabriquer près de 2 000 de ces « petites » têtes d’ogives. Au moins huit pays possèdent l’arme nucléaire, mais rares sont ceux qui sont parvenus à les miniaturiser, soit à en faire un outil de frappe chirurgicale. En ce sens, le sous-marin n’était rien d’autre qu’une « manœuvre dissuasive » destinée à Moscou, selon les autorités. Autrement dit, on parade avec de petites bombes nucléaires, maintenant! N’est-ce pas divertissant? La tactique, en cas de conflit, consisterait à frapper durement une zone limitée en espérant que l’ennemi ne réplique pas avec un vrai arsenal de missiles. Dans ce cas, ce serait la « destruction totale mutuelle » assurée. La grande parade finale. D’ailleurs, il est difficile de savoir combien de bombes nucléaires sommeillent sur Terre. Le chiffre le plus conservateur se situe autour de 13 000.

 

Pas convaincus? Une autre histoire. En janvier 1961, un avion militaire s’abîme au-dessus de la Caroline du Nord et relâche deux bombes à l’hydrogène. Elles se déploient normalement, comme pour un vrai bombardement. Heureusement, un petit interrupteur de sécurité dont la technologie était déjà très désuète les empêche de se déclencher. L’explosion aurait été 260 fois plus puissante que celle d’Hiroshima révélait The Guardian en 2013. De grands centres urbains radiés, des millions de morts : le scénario catastrophe à un breaker de la réalité. On n’en parle pas trop, à l’époque. Parce que c’est fort gênant de bombarder son propre pays en paradant, d’abord, et ensuite parce que cela aurait pu inquiéter la population déjà terrifiée par la menace nucléaire de l’URSS. Et aujourd’hui? À vous de juger si la menace est encore vivante.

 

Plusieurs stations de lancement sont équipées de technologies depuis longtemps désuètes. Les médias américains ont révélé des images : les ordinateurs ont l’air de boîtes à lunch et sont activés par de grosses disquettes. On note aussi quelques failles dans la sécurité. Un livreur de restauration a accidentellement accédé à la cour d’un bâtiment militaire contenant des missiles nucléaires supposément sécurisés contre le terrorisme. Les gardiens faisaient la sieste, rapporte-t-on.

 

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