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Chroniques // Société

Un immigrant nous regarde

Petite histoire de famille

// Fednel Alexandre - 7 mars 2017

Numéro : Mars 2017

 

 

 Je viens d’un milieu où les débats sociopolitiques, tel le féminisme, n’ont aucun écho, et pour cause : on n’y est ni très scolarisés ni très cultivés. Quand mes parents étaient enfants, les familles où seuls les cadets étaient scolarisés pullulaient. L’ainé des garçons travaillait aux côtés du père dans les champs, tandis que l’ainée des filles épaulait la mère pour les tâches domestiques. Ainsi, mon oncle a commencé à travailler très jeune. Obstiné et rebelle, il a réussi à fréquenter l’école un jour sur deux jusqu’à l’obtention de son certificat d’études primaires. Ma grand-mère lui a cependant coupé les vivres puisqu’il voulait continuer ses études. Ma mère, plus docile, n’est jamais allée à l’école, mais elle nourrissait son frère en cachette, ce qui lui a permis de terminer deux années d’études secondaires.

 

Aujourd’hui, si ma mère est acrimonieuse envers ma grand-mère, mon oncle blâme plutôt l’obscurantisme et l’ignorance de l’époque.

« C’était l’époque », dit-il en souriant. Cette époque est heureusement révolue. On a tous fait des études supérieures dans ma génération, on participe aux débats sociaux et politiques tel le féminisme.

 

Au Québec, le féminisme a forcé les institutions à se transformer pour créer une meilleure société, une nouvelle ère. Il donne pourtant aujourd’hui l’impression de pourfendre à coups de boutoir un adversaire imaginaire. Les polémiques sur la scolarisation sont à cet égard significatives. L’école a été pendant longtemps moins accessible aux filles. Grâce au féminisme, entre autres, elle leur a ouvert ses portes. Elle se serait même adaptée aux filles, laissant de côté les garçons. C’est en tout cas ce que lui reprochent de nombreuses études et statistiques.

 

Parallèlement, d’autres études tout aussi sérieuses tirent la sonnette d’alarme sur l’urgence de faire quelque chose pour améliorer le sort des pauvres filles pliées sous le joug du patriarcat. Elles expliquent cette urgence en argüant, par exemple, que les décrocheurs finissent par dégoter un travail bien rémunéré, alors que les décrocheuses deviennent mères monoparentales avec toutes les conséquences s’y relatant. Chaque clan dégaine ses arguments créant des clivages stériles et inopérants, alors qu’on pourrait réfléchir ensemble aux meilleures solutions pour que les prochaines générations puissent participer pleinement aux grands débats sociaux, politiques et économiques.

 

Contre cette vacuité, j’ai choisi le féminisme de mes filles. Elles ne seront pas des victimes. Elles feront des études, voyageront, parleront plusieurs langues, travailleront. Elles seront brillantes, indépendantes, libres. Tout cela, à condition qu’elles le veuillent, bien sûr, car ce n’est pas au patriarcat de décider pour les filles. Le jour où cela changera, le monde ne sera plus le même.\\

 

 

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