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Chroniques // Abitibi / Montréal

Chronique Abitibi-Montréal

Comme un vrai gars

// Abitibi/Montréal - 2 févr. 2017

Numéro : Février 2017

 

 

Le téléphone beige ne cessait pas de rougir. La plateforme Web de la ville n’affichait qu’une page d’erreur numérique incompréhensible qui nécessitait l’expertise d’un informaticien qualifié, donc inexistant dans le périmètre de cette crise municipale. Et le fax, lui…

 

Après un investissement massif au début des années 2000, nous avions convenu lors du dernier conseil de terminer l’année en cours pour ensuite nous débarrasser de cette technologie votée désuète par 8 des 12 membres de l’exécutif. C’est finalement ce mardi matin, dans un râlement sonore perpétuel comparable à une console de jeux des années 80, que la machine de guerre rendit l’âme sans toutefois cracher un dernier message de plainte écrit de la main d’un concitoyen pour le moins ébranlé par la situation.

«C’est dégueulasse! On paye ça avec nos taxes! »

 

C’est à ce moment précis que le maire lui-même m’avait mis en charge de trouver la cause de tout ce tollé. Le dossier est une introspection. Regarder la chose d’un œil pervers. Avec la bête primitive en moi. Comme un vrai gars. L’instinct de brutalité masculine enfoui sous plusieurs couches de faire-paraître et de politesse accumulées avec les années d’ancienneté au municipal.

 

Suite à la fermeture de l’usine Santa’s Joystickà Montréal en 2006, la ville avait racheté à rabais tout un lot de décorations et lumières de Noël pour le plaisir de ses citoyens. Pendant 10 ans, notre petite localité fut illuminée par les kilowatts d’un gigantesque christmas glow qui donnait le ton aux festivités hivernales.

 

La bombe est tombée tôt mardi matin alors qu’une image circulait sur les réseaux sociaux. Un mauvais montage Photoshop faisant un comparatif habile entre nos décorations à rabais et une forme phallique allongée avec deux boules de Noël à la base et un éclat scintillant sortant du bout de la chandelle. Le genre d’illusion d’optique qui ne peut pas s’oublier une fois qu’on l’a vue.

 

La machine médiatique a fait son œuvre. La viralité des réseaux sociaux aussi. La ville était maintenant sur la mappe. Discussion de break à la shop, railleries dans la cour de l’école primaire, topo humoristique pour les journalistes syndiqués de la grande ville. De retour au conseil, les cheveux beiges étaient devenus blancs. La veine bleue sur la tempe, les élus se faisaient aller le stylo rouge. Le conseil était en beau fusil.

Mon enquête a révélé que c’était moi qui avait officiellement passé la commande il y a de ça 10 ans. La justice municipale a trouvé son coupable. J’ai été relevé de mes fonctions. Lynché sur la place publique. À la une du site Web de la ville qui était de nouveau fonctionnel. En quittant la salle du conseil, j’ai arpenté les rues de notre belle ville du vice, notre sex shop collectif. Avec un sourire en coin, je me suis dit que l’investissement en aura valu la peine.

 

9 ans de quiétude et une année où notre sapin avait des boules.

 

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