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Chroniques // Abitibi / Montréal

Une Coors Light avec un fantôme

// Mathieu Gagnon - 7 nov. 2016

Numéro : Novembre 2016

 

Abitibi-Montréal
photo : Courtoisie

 

L’arrivée d’un ami de longue date en Abitibi-Témiscamingue est une manière forcée pour moi de replonger dans le temps de mes débâcles existentielles. Le vieux temps des nouveaux maux de vivre. Toutes ces nuits à courir dans Montréal pour attraper des filles, rattraper un autobus, se retrouver nous-mêmes sous le poids de l’alcool fort et celui des drogues douces. Comme une aura tranchante sur nos têtes qui pourraient rouler à tout moment comme au 18e siècle.

 

Jérémie est en ville.

 

Et avec lui, le retour d’une bête qui sommeille dans mon inconscient, que je tente de taire depuis mon retour en région, il y a de ça 3 ans. À l’aube de cette rencontre avec un fantôme de mon passé, il y a une peur viscérale qui me rentre dedans comme un char et me fait sentir vivant à la fois. Donnant-donnant. Nos méfaits et vices d’autrefois me murmurent à l’oreille comme un être lent et figuré qui récite une prière carrée et catholique en me tenant le poignant juste assez lousse pour que je puisse me défendre, juste assez serré pour m’empêcher de fuir.

Je n’y crois pas. Je ne suis pas croyant après tout.

 

Je ne suis plus le même depuis ma dernière rencontre avec Jérémie. Je suis passé de la Coors Light à une bière rousse de microbrasserie avec des arômes de sarrasin. J’ai troqué mes chandails troués de show punk pour la propreté des chemises de coton carotté qui me glisse dans le personnage tant stéréotypé du chasseur. L’équivalent d’un costume d’Halloween ou d’une barbe cheap de père Noël de centre d’achat. Je cherche la sagesse dans mes mouvements. Je dois maintenant respect à un lieu. À l’Abitibi.

 

On s’est donné rendez-vous au Cabaret. Je me suis dit que c’est un lieu à mi-chemin entre ma vie d’antan et celle d’aujourd’hui. Il m’est apparu comme une révélation au travers des braises et des brindilles du feu de la terrasse. Comme une incantation dont j’aurais voulu mettre à mort les tam-tams pour enlever un peu de dramatisation à la scène.

 

Il s’est approché de moi, deux Coors Light à la main, et m’a demandé : « Est-ce que ça te manque ? Montréal, les soirées de névrosés, découvrir la caricature de ta personnalité ? »

 

À ce moment précis, j’ai regardé autour de moi. À l’intérieur.

 

J’ai vu qu’on était tous réunis, la même bande avec laquelle j’ai cheminé lors de mon primaire et secondaire à Val-d’Or. J’ai vu Patrick, le colosse avec qui j’ai fait de l’oxyde nitreux dans la maison de riche de ses parents. Aujourd’hui, il attend un enfant pour le mois de février et on joue au badminton chaque semaine en se disant qu’on émet des sons quand on se penche trop bas pour ramasser un moineau tombé dans la mauvaise zone.

 

Puis il y avait Jérôme qui revenait tout juste d’une run dans le nord. On avait déjà vidé quatre litres de bulles de bain moussant provenant du Dollorama dans la fontaine du golf. Trois jours de foam party pour la population de cette ville de coincés. Aujourd’hui, je lui demande de me texter quand il va arriver chez lui parce que j’suis inquiet qu’il fasse un accident sur la 117. Comme une mère.

 

Julie, Dave, Jean-François, Audrey. Tout le monde. C’est ça ma vie en Abitibi. C’est maintenant.

 

J’ai accepté sa Coors Light et je lui ai répondu : « Je suis dans une caricature, mais c’est les beaux traits qui ressortent. » \\

 

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