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Chroniques // Littérature

Chasser la bête et dormir debout...

En marge

// Michelle Bourque - 16 mars 2016

Numéro : Mars 2016

 

photo : Courtoisie

 

 

J’ai quitté pour vous chers lecteurs ma zone de confort littéraire. J’ai fait fi de l’écriture impersonnelle du conventionnel et des grandes pierres d’assise du roman candidat à l’amour populaire. J’ai chassé la bête et dormi debout, un pied dans la marge de l’autodestruction. Portrait de deux romans coups de poing.

 

La bête à sa mère, David Goudreault

 

La bête à sa mère, de David Goudreault, est un énergumène littéraire. Succès de librairie mais également auprès de la critique, ce roman au sujet pourtant rébarbatif est fascinant. « Ma mère se suicidait souvent » ; une simple phrase en ouverture qui donne le ton : grave et léger, tendre et dur, invraisemblable mais authentique. Après avoir été retiré de la garde de sa mère, le personnage principal passe de famille d’accueil en famille d’accueil. De mauvais coups en mauvaises passes, il atterrit à Sherbrooke, où il croit avoir retrouvé sa mère. Et sur sa route : des chats. Qu’il détruit un peu malgré lui comme on détruit une partie de soi-même.  L’écriture de Goudreault est intelligente, subtile. Premier Québécois à avoir remporté la Coupe du monde de slam poésie à Paris en 2011, Goudreault maîtrise son récit et sa langue. Le personnage, quoique rebutant, nous est étrangement sympathique. Loin de s’apitoyer sur son sort, il fonce tête haute vers sa déchéance, ce qui amène au récit des moments vraiment cocasses. À découvrir.

 

Dormir debout, Bruce Gervais

 

Originaire de la Saskatchewan, Bruce Gervais a grandi à Rouyn-Noranda. Dormir debout est son premier roman, publié aux éditions du Quartz. Contrairement au personnage de Goudreault, la mère de Nil Delisle, personnage central, n’a pas essayé longtemps de se suicider avant de réussir. L’image fantôme de la mère suicidée et du père minier absent rend plus poignants les errements de Nil, le nez perdu dans sa cocaïne et la bouche pleine d’alcool et de mélancolie. Celui-ci tente de se donner une chance en se faisant engager dans un journal local d’Abitibi. En filigrane : l’histoire « fictive » d’une minière qui tente de déloger un homme indélogeable et la naissance d’un amour (presque) impossible.  

 

Les nombreux dialogues, calqués sur la phonétique du parler québécois, ont un peu rompu mon attention (j’avoue que je n’en suis pas une adepte). Je comprends toutefois le choix de l’auteur d’y avoir recours afin de respecter l’esprit de marginalité du roman. Il est indéniable que Bruce Gervais est un écrivain qu’il faudra suivre avec intérêt. Son style est moins limpide que Goudreault, plus aride et resserré ; comme cette terre abitibienne qui l’habite. Une plume épineuse, qui plonge en forêt profonde pour y repêcher l’espoir de voir naître une aurore boréale. La critique sociale, plus appuyée chez Gervais, est également intéressante.

 

L’écriture de Goudreault et de Gervais est singulière et très typée : poétique et déjantée pour l’un, polaire et profonde pour l’autre. En marge de toute zone de confort. Et c’est très bien ainsi. \\

 

 

 

 

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