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Chroniques // Littérature

La guérison par le feu

// Francesca Benedict - 1 déc. 2011

Numéro : Décembre 2011 / Janvier 2012

 

Rankin, Dominique et Tardif, Marie-Josée, On nous appelait les sauvages. Souvenirs et espoirs d’un chef héréditaire algonquin, Montréal : Le jour, 2011, 154 p..

 

T8aminik (Dominique) Rankin est né il y a 64 ans sur les berges de l’Harricana. Chef héréditaire algonquin et homme-médecine, il a grandi dans la région d’Amos. Marie-Josée Tardif est une journaliste ainsi qu’une apprentie femme-médecine.


Les auteurs nous offrent un regard privilégié sur les savoirs et sur les enseignements traditionnels, les rituels et les cérémonies ainsi que sur la prophétie au cœur de la tradition orale algonquienne, celle des Sept Feux et la ceinture wampum dont Dominique Rankin a la responsabilité. Il a été choisi par le destin et par les aînés comme gardien des savoirs. On découvre un aîné, un guide en quelque sorte, qui prône par l’exemple le pardon comme voie vers la guérison et la réconciliation.


Se trouver pour trouver les autres


Ce livre s’adresse autant à ceux qui s’intéressent à ce qui concerne la spiritualité qu’à ceux qui réfléchissent aux relations entre les Autochtones et les Autres. Les premiers découvriront des enseignements traditionnels transmis de génération en génération malgré les obstacles de l’Histoire; les seconds y découvriront un ouvrage se lisant presque comme un roman historique autobiographique. En effet, les auteurs entremêlent l’histoire personnelle du personnage principal, Dominique Rankin, avec l’histoire collective et les savoirs ancestraux.


Le premier chapitre à lui seul constitue une mine d’information pour les habitants de la région puisque les auteurs y expliquent aux profanes ce qu’est une ceinture wampum et le rôle de William Commanda dans la transmission des savoirs traditionnels. À cela s’ajoutent des photos d’époque ainsi que la lettre d’un surintendant du ministère des Mines et des Pêcheries datant de 1941.


Les auteurs entament chaque chapitre en citant l’une des prophéties des Sept feux, qu’ils transposent en enseignements basés sur l’exemple de la vie de Dominique Rankin, qui a connu l’époque heureuse d’avant les pensionnats, puis… J’avoue que c’est la première fois que je réussis à lire jusqu’au bout ce qui s’est passé dans les pensionnats. Sans doute est-ce dû à la dignité et à la discrétion avec laquelle le sujet est abordé. Le dernier chapitre aborde le huitième feu, celui de la réconciliation 

(intérieure et extérieure, individuelle et collective).


Tout au long de ce texte touchant, l’énergie et l’humour de Dominique Rankin émergent et permettent de mieux saisir la lourdeur du passé et l’espoir d’un avenir meilleur. Lorsque l’on entend parler des nombreux problèmes dans les différentes communautés et lorsque l’on constate les écarts et les barrières qui persistent dans la société et en chacun, on ne peut qu’espérer que la voix de Comis T8aminik Rankin soit entendue et que chaque lecteur puisse retrouver le chemin vers soi-même
pour s’ouvrir aux autres dans le respect et le pardon.

 

À force d’agir sous l’influence de la peur, les humains obéissant aux lois et aux règlements deviennent un peu comme des robots qui rouspètent peut-être de temps en temps, mais qui finissent par se dessécher. » (p. 77)

 

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