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Chroniques // Histoire et patrimoine

Il a fallu des années pour séparer clairement le Québec et l’Ontario

Aux frontières de la clarté

// Par Denis Carrier, Société d’histoire et du patrimoine du Canton de Nédélec - 1 avril 2010

Numéro : Avril 2010

 

Photo de l’auteur et de la souche dans laquelle le clou servant de point de départ aurait été planté
photo : Courtoisie

 

Le document le plus ancien définissant sommairement la frontière entre le Québec et l’Ontario date de 1791. Un arrêté en Conseil de l’Angleterre du 24 août 1791 (article 2) fixa la frontière entre les deux Canada, au nord du lac Témiscamingue, comme suit : « […] à partir de la tête du lac par une ligne allant franc nord jusqu’à ce qu’elle atteigne la limite de la Hudson’s Bay » (Rapport Dorion, vol. 222.1, p. 18). Comme le disent si bien les auteurs du Rapport Dorion, « cette frontière entre les deux Canada n’était ni précise ni complète ». Elle comportait deux problèmes, l’un au sud et l’autre au nord.

 

Le problème au sud provenait de la morphologie du lac, surtout à l’embouchure de la rivière Blanche. Il avait été facile pour les arpenteurs, en remontant la rivière des Outaouais et tout le long du lac, d’établir l’endroit le plus profond qui devenait la frontière. Mais il en allait tout autrement à la tête du lac. À sa partie nord, il est d’une largeur allant de huit à dix kilomètres, et son pourtour varie selon les caprices des saisons et de son niveau, voire de la direction et de l’intensité des vents. Comment alors établir un point de départ d’où se diriger ensuite franc nord?

Quand on négocie la frontière
Le problème septentrional de ce segment de frontière posait, lui, un problème en raison du flou du libellé de l’article 2 de l’arrêté en Conseil. Que voulait dire « jusqu’à la ligne limite de la Hudson’s Bay »? La « Hudson’s Bay » de l’article 2 pouvait être entendue de deux façons. On pouvait l’interpréter comme une référence au rivage de la baie d’Hudson, même s’il aurait alors fallu parler de « baie James », première entité marine rencontrée si on se dirige franc nord. On pouvait aussi interpréter cette expression comme étant la limite sud du territoire de la Compagnie de la Baie d’Hudson, qui n’avait jamais été clairement délimité. On a donc tranché en considérant la limite nord de ce segment de frontière comme étant la ligne de partage des eaux entre le
versant arctique et le versant atlantique, la fameuse « Abitibi » des Amérindiens.

Le problème du point de départ au sud n’a pas été réglé aussi facilement. Les arpenteurs O’Henly et O’Dwyer, chargés de son tracé, ne purent arriver à une entente, l’arpenteur du Québec voulant prendre la rivière Blanche, et celui d’Ontario préférant évidemment la rivière des Quinze, chacun sachant sur quelle immense distance allait ensuite courir cette droite. Ce sont finalement les législateurs des deux provinces
qui ont dû trancher.

La décision rendue fut d’établir la frontière à mi-chemin entre la rivière Blanche et la rivière Des-Quinze. Mais voilà, alors que la rive ouest de la rivière des Quinze est assez abrupte pour être clairement définie, il en allait bien autrement pour la rivière Blanche. La rive fut finalement définie à partir d’un gros clou planté dans une souche (textuellement : « Nail in a stump »), détail historique que l’on peut voir sur une carte des Archives publiques du Canada datant de décembre 1875, et dont une copie se trouve à Ville-Marie.

 

 

 

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